Social : la droite a perdu la bataille de l’opinion
Les arguments des partisans de la politique de l’offre n’ont pas réussi à convaincre les Français, mettant les élus de droite et de centre droit dans l’embarras.
Manif après manif, sondage après sondage, la colère des citoyens s’exprime contre un système qui leur paraît injuste. Sans être un raz-de-marée, la mobilisation du 18 septembre a été importante, portée par des revendications en faveur de davantage de justice fiscale et de son symbole du moment, la taxe Zucman. Une défaite en rase campagne pour l’équipe au pouvoir, qui ne réussit pas à faire partager aux Français sa conviction que le problème essentiel du pays ne se trouve pas chez les milliardaires.
Est-ce la pédagogie qui a péché ? Est-ce l’émetteur qui n’est plus crédible ? Les messages, en tout cas, ne passent pas. La droite et le centre-droit ont beau dérouler leur argumentaire : la France a déjà un taux de prélèvements obligatoires record ; ces prélèvements organisent une redistribution des richesses tout aussi remarquable ; les charges fiscales et sociales pesant sur les entreprises, même défalquées des fameux « cadeaux », restent les plus élevées d’Europe ; l’insuffisance des salaires vient de ces prélèvements qui financent les dépenses sociales, et il faut donc s’interroger sur ces dépenses avant toute chose, la première réaction de la population est de taxer davantage les plus riches.
Pour les partis qui militent pour la stabilité fiscale, l’embarras est palpable. Les néo-macronistes, qui ont supprimé l’ISF et instauré la « flat tax », sont pris à revers. Pour obtenir une non-censure du parti socialiste, ils vont devoir avaler leur chapeau, chef de l’Etat compris. La situation n’est pas plus agréable pour LR, où Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez, pour une fois d’accord, font de la stabilité fiscale un totem. Or, si la taxe Zucman semble exclue, le principe d’alourdir les impôts des plus favorisés est quasiment acté. Inconfortable…
Le bloc central (Renaissance, Horizons, Modem) en est réduit à espérer que Sébastien Lecornu parviendra à trouver un accord avec le PS qui limite la casse. Quel que soit le point d’arrivée du compromis que réussirait à négocier le Premier ministre, ses élus sont condamnés à le soutenir. Ce sont eux qui auraient le plus à perdre à une dissolution. Pour les élus LR, en revanche, la question se pose : jusqu’où accepter que les impôts augmentent ?
Tempête sous les crânes Républicains. Doivent-ils se démarquer d’un accord qui ne prendrait pas assez en compte leurs « lignes rouges » ? Faut-il refuser son soutien ? Se contenter de ne pas participer au gouvernement ? Bruno Retailleau désire se maintenir Place Beauvau, mais il ne veut pas se faire reprocher par son rival Laurent Wauquiez de se vendre pour un plat de lentilles…
Tout dépend du niveau de concession auquel Sébastien Lecornu sera contraint. Mais vu l’état de l’opinion, il sera difficile d’invoquer la taxation des plus fortunés pour refuser tout soutien au Premier ministre. La droite a beau se vanter d’avoir gagné la bataille culturelle sur les sujets régaliens, elle n’y est pas parvenue sur le plan économique. Ce n’est pas le moindre des échecs d’Emmanuel Macron…



