La droite embourbée

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 22/01/2026

Les conservateurs se retrouvent piteux à l’Assemblée nationale et plus divisés que jamais pour la prochaine présidentielle. Alors que la France n’a jamais été aussi à droite…

Laurent Wauquiez, député et président du groupe Droite Républicaine, lors de la séance publique suite de la nouvelle lecture du projet de loi de finances pour 2026, PLF 2026, dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale française, le 15 janvier 2026. (Photo Xose Bouzas / Hans Lucas via AFP)

Encore quelques jours de calvaire pour la droite et le centre. Le temps de faire adopter, à coups de 49-3, un budget qui hérisse les élus du socle dit commun. Après avoir dû avaler le boa de la suspension de la réforme des retraites, les députés libéraux en sont réduits à ne pas voter la censure contre un gouvernement qui leur propose des hausses de dépenses et d’impôts, ces fameuses lignes rouges…

Un budget au 49-3 qui fracture

Il a fallu que Laurent Wauquiez, patron des élus LR, déploie des trésors de dialectique pour convaincre son groupe de se résigner à cautionner une opération qui entérine un « budget socialiste ». Gabriel Attal n’était guère plus heureux d’accepter ce qu’il a qualifié de « budget subi qui acte la fin du quinquennat ». Même le conciliant et centriste Marc Fesneau s’est désolé de cette loi de finances qui « fait ce que nous savons le mieux faire dans ce pays, de la dépense publique à l’aveugle ». N’en jetez plus…

Impossible, pourtant, de donner comme consigne de voter la censure, chacun admettant que ce serait irresponsable. Mais le moral des troupes est au plus bas. Pour ceux qui croyaient sincèrement à la nécessité de diminuer les dépenses et de poursuivre la politique de l’offre, les dispositions de la copie écrite à quatre mains par Sébastien Lecornu et Olivier Faure sont difficiles à digérer. Le prix payé par le Premier ministre leur paraît trop élevé, sans pouvoir le dire, puisqu’il est exclu de faire tomber le gouvernement…

La course des ambitions s’accélère

Le calvaire ne s’arrête pas au budget. Il continue avec le choc des ambitions qui s’expriment de plus belle. Certains présidentiables profitent du trouble créé par le « compromis » négocié en coulisses pour se lancer dans la course. Bruno Retailleau, qui a eu des mots cinglants contre la loi de finances, doit annoncer avant les municipales qu’il est officiellement candidat. Pour David Lisnard, président de l’Association des maires de France, c’est déjà fait depuis mardi. Lassé d’attendre que son camp s’affirme, cet énergique conservateur a présenté son projet de redressement pour la France, en affirmant qu’il fallait voter la censure. Et tant pis si cela ajoute à la confusion.

Droite et centre sont plus divisés que jamais dans la course à la présidentielle. À l’heure où le Rassemblement national a le vent en poupe dans les sondages, chacun sait qu’il n’y aura qu’une place possible face à son représentant au second tour et qu’il vaut mieux s’unir pour avoir une chance d’y figurer. Mais personne ne passe aux travaux pratiques.

Primaires, périmètre et fractures idéologiques

Les primaires paraissent impossibles à organiser, tant les divergences de convictions sont fortes. Wauquiez propose que leur périmètre aille de Gérald Darmanin à Sarah Knafo. Ce qui est inenvisageable pour beaucoup de néo-macronistes, et de gaullistes modérés pour qui la compagne d’Éric Zemmour est disqualifiée par son appartenance à Reconquête, parti d’extrême droite. D’autres périmètres sont envisageables, mais ils ne conviennent jamais à tout le monde.

Et puis certains ténors ont déjà dit qu’ils ne concourraient pas à une primaire. À commencer par Xavier Bertrand, grand brûlé de la dernière expérience à laquelle il a participé en étant rudement éliminé. Même réflexe chez Édouard Philippe, encore en pôle position malgré sa baisse de forme, mais traumatisé par la triste aventure de son mentor Alain Juppé, lui aussi perdant dans cet exercice risqué.

La situation pourra-t-elle se décanter par une simple logique de sondages ? Beaucoup l’espèrent, en se disant que les électeurs feront le travail de sélection dans les études d’opinion, et dégageront un favori, devant qui les autres s’effaceront. Et si ce n’est pas le cas ? Le cauchemar pointe, d’un camp qui se lance façon puzzle et laisse passer sa chance lors d’une présidentielle dont le contexte sera pourtant marqué par la progression des idées de droite. Un comble. Il ne suffit pas de gagner la bataille culturelle, il faut savoir l’incarner et s’imposer. La droite n’y est pas…

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse