La droite en plein cauchemar
Assommé par les exigences fiscales de la gauche, menacé comme jamais par la poussée du Rassemblement National, orphelin de présidentiables qui s’imposent, le socle dit commun traverse ses pires moments de l’ère Macron.
Droite et centre droit boivent le calice jusqu’à la lie. Jamais leur situation n’a été aussi catastrophique : ils contemplent le gouvernement Lecornu reculer jour après jour sur tout ce qui avait été les bases du macronisme (réforme des retraites, baisse des impôts, politique de l’offre), au nom d’une « stabilité » qui coûterait moins cher, financièrement et électoralement, qu’une dissolution.
Un calvaire vécu dans un désordre indescriptible. Nul ne sait où le très secret Sébastien Lecornu veut vraiment aller. Pour l’instant, c’est la retraite, sans jeu de mot, en ordre dispersé. Le « compromis » officiellement recherché consiste à maquiller des concessions importantes en fruits positifs du dialogue. Cela ne trompe personne à LR, Horizons, Renaissance et au Modem, où l’on a du mal à avaler les couleuvres.
Comme si cela ne suffisait pas à leur malheur, le Rassemblement national continue à monter dans les sondages. Certes, ses dirigeants n’ont toujours pas obtenu la dissolution sur laquelle les amis de Marine Le Pen comptent pour arriver vite au pouvoir. Mais ils marquent des points à l’Assemblée nationale, en faisant notamment voter la dénonciation des accords de 1968 avec l’Algérie. Et plus le désordre s’installe, plus l’extrême-droite progresse silencieusement dans le pays. Une très mauvaise nouvelle, en particulier pour les nombreux élus de droite et du centre élus de justesse face au RN en 2024.
Le cauchemar se poursuit car certains rêvent de faire une alliance avec l’ennemi, baptisée « Union des patriotes » par la fille de Jean-Marie Le Pen. Les Républicains sont les plus travaillés par le doute. Avec une explication, à défaut d’excuse : sur les 47 LR élus députés en 2024, 42 ont affronté au second tour un candidat RN. Plus de vingt d’entre eux avec une marge de moins de 10%. On imagine leur inquiétude pour le prochain tour de manège… La main tendue par Jordan Bardella en fait hésiter beaucoup, contribuant au malaise général. Certains imaginent même un Wauquiez Premier ministre de Bardella. On parlait de cauchemar ?
Il y a enfin un trou d’air côté présidentiables. Le temps où le socle commun avait l’embarras du choix pour se choisir un champion gagnant pour 2027 semble bien loin. Les deux favoris sont abîmés. La faute de carre de Bruno Retailleau a instillé le scepticisme sur ses capacités à assumer la bataille suprême. Et fait renaître son meilleur ennemi Laurent Wauquiez, qui ne rêve que de le dévorer.
Parallèlement, Édouard Philippe a perdu beaucoup de terrain chez ses soutiens, choqués par sa manière de donner son congé au chef de l’Etat. Le Havrais comme le Vendéen, conscients de leur soudaine faiblesse, ont donc décidé d’unir leurs efforts. Le duo de blessés a eu une conversation secrète au Sénat, pour enterrer la hache de guerre, constatant qu’ils n’ont aucun intérêt à se tirer dans les pattes. Pour que, le jour venu, l’un puisse se ranger derrière l’autre avec une chance de l’emporter.
Encore faut-il que l’un d’eux, même aidé par l’autre, parvienne à se hisser au second tour de la présidentielle. En ces jours sombres pour la droite, où le moral des troupes est en berne, on craint d’être balayé. La multiplicité des candidatures en plus des deux « stars », (Gabriel Attal, Gérald Darmanin, Xavier Bertrand, David Lisnard, sans compter les possibles Sébastien Lecornu, Michel Barnier, Yaël Braun-Pivet, Laurent Wauquiez…) rend une primaire aussi nécessaire qu’impossible à organiser. Qui fera office de juge de paix ? Les sondages risquent de ne pas suffire.
Trou d’air ou embarras durables ? La droite et le centre en sont réduits à se raccrocher à l’idée que, dans cette période un peu folle, le pire n’est pas toujours sûr. Et que leurs adversaires de tous bords vont probablement, eux aussi, vivre les affres de la division et des revers. Alors, sur un malentendu, rien ne serait plus impossible…



