La dynamique Glucksmann

par Valérie Lecasble |  publié le 25/11/2025

Dans le dernier sondage Odoxa, le leader de Place Publique gagne 1,5 point quand Edouard Philippe en perd trois et Jean-Luc Mélenchon deux. Tandis que Bardella s’envole, Glucksmann poursuit sa dynamique au sein d’une gauche dont le total s’inscrit désormais à 34,5%.

Portrait du député européen Raphael GLUCKSMANN lors des réunions d'automne du Parti socialiste PS à Lyon, ce samedi, 22 novembre 2025. (Photo : Matthieu Delaty / Hans Lucas via AFP)

C’est le sujet qui occupe les dîners en ville : Raphaël Glucksmann, lors de son émission sur LCI, n’aurait pas convaincu. Il est resté dans les hautes sphères intellectuelles sans apporter de réponses concrètes aux sujets qui occupent les électeurs, comme celui des retraites. Ainsi, aurait-il été peu accessible au pékin moyen, le Français qui, devant son poste de télévision, est à la recherche du sauveur qui empêchera le Rassemblement national de s’emparer de l’Élysée. Pis : il aurait, disent les mêmes, effectué une piètre prestation face à Eric Zemmour qui, malgré son peu de prestance, l’aurait dominé.

Paradoxe : cela n’empêche pas Raphaël Glucksmann de poursuivre dans les sondages, la dynamique qu’il a enclenchée lors des élections européennes. C’est ainsi qu’il gagne 1,5 point à 13,5 % dans celui que vient de publier Odoxa, tandis qu’Edouard Philippe en perd trois à 17 % et Jean-Luc Mélenchon deux à 11%.

Comment est-ce possible pour un candidat dont la prestation a été jugée mauvaise ? « Les gens n’ont pas regardé LCI dans cette émission de faible audience réservée au microcosme. Il ne faudrait pas qu’il accumule des contre-performances sur des chaînes de grande écoute. Mais pour l’instant, Glucksmann demeure la personnalité classée numéro un à gauche, il est le meilleur candidat, celui que les sympathisants de gauche préfèrent et il ne subit pas l’usure des autres, plus anciens comme Hollande ou Cazeneuve », assure Gaël Sliman qui dirige Odoxa.

Depuis six mois, Raphaël Glucksmann a progressé. Au coude à coude à 12 % avec Jean-Luc Mélenchon lors du même sondage au mois avril, il creuse à présent un écart de + 2,5 % avec le leader de La France Insoumise pour s’installer en tête de la gauche. Et si c’était Gabriel Attal qui se présentait au centre-droit plutôt qu’Edouard Philippe, il arriverait nettement devant lui.

Une hirondelle sondagière ne fait pas le printemps électoral, les dix-huit mois qui mènent à la présidentielle peuvent tout chambouler. D’autant que les Français connaissent mal Raphaël Glucksmann : plus il s’expose, plus il peut s’effondrer. Tout comme Jordan Bardella au RN, il doit encore s’imposer comme un présidentiable solide et crédible.

Pour l’heure, « il est au barycentre de ce qui séduit l’électeur de gauche moyen : en économie et sur l’international avec ses positions sur l’Ukraine, la Russie, Israël et Gaza, il défend les bonnes valeurs qui plaisent à ses électeurs. Et il a l’avantage d’être nouveau », juge Gaël Sliman. Et Olivier Faure ? « Les gens l’aiment bien, c’est un honnête homme mais le scalp de la réforme des retraites ne lui profite pas. Il reste 17ème dans notre classement ».
L’autre nouvelle importante de ce sondage est la progression totale de la gauche. La présidentielle de 2022 avait réparti l’électorat en trois blocs : 32% pour le total de la gauche, 33 % pour le centre droit (dit aujourd’hui socle commun) et 33 % pour l’extrême-droite. En 2025, les lignes ont bougé : les forces d’extrême-droite réunies caracolent à 40,5 % quand l’ex-centre-droit recule à 25%. Ce n’est pas le cas de la gauche qui, réunie, décroche 34,5%, soit deux points de plus qu’il y a trois ans.

Surtout que cette fois, le contexte est différent. Scotchée à 1,5 % en 2022, Anne Hidalgo n’était pas une candidate sérieuse, elle n’avait aucune chance de gagner et le vote utile à gauche s’était porté sur Jean-Luc Mélenchon. Trois ans plus tard, la détestation des Français (70 %) à l’égard du leader de LFI est telle que ses chances de gagner sont infinitésimales si ce n’est nulles – il arriverait bon dernier avec 26 % au second tour face au RN. Ce qui a contrario ouvre le jeu pour un candidat social, démocrate, écologiste de gauche responsable. Qui aurait la possibilité de récupérer les 6 % de Marine Tondelier, 3 % de Fabien Roussel, voire les 11 % de Jean-Luc Mélenchon dans un vote utile au second tour inversé par rapport à celui de 2022….

Qu’importe, puisque c’est Bardella qui gagnera ? Demain, sans beaucoup de doute. Mais dans dix-huit mois ? L’histoire politique est jonchée de Balladur ou DSK qui ont trébuché avant l’arrivée. Tandis qu’Edouard Philippe file un mauvais coton, en baisse constante, y compris sur sa cote d’adhésion, tel un Alain Juppé qui avait trop longtemps attendu avant de laisser passer son tour, rien ne dit que le leader d’Horizons sera le mieux placé pour barrer la route au RN. Mais alors qui ? Il reste dix-huit mois pour construire une alternative crédible.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique