La faute de LFI

par Laurent Joffrin |  publié le 18/02/2026

Les Insoumis n’ont certes pas voulu la mort du jeune Quentin Deranque, ni suscité ou organisé le commando qui l’a tué. Mais tout démocrate voit bien que leur responsabilité est néanmoins engagée.

Dessin de Bendak


Les mensonges, souvent, se changent en boomerangs. C’est ce qui arrive depuis vingt-quatre heures à La France insoumise. À l’annonce de la mort de Quentin Deranque, les Insoumis ont bétonné avec leur virulence habituelle. LFI « n’a rien à voir » avec tout cela, les accusations portées contre eux sont « grotesques » et « injustes ». Jean-Luc Mélenchon se pose en victime, Mathilde Panot incrimine la police qui devait maintenir « l’ordre » (voici que soudain elle ne tue plus, puisqu’on l’appelle au secours). Quant à Rima Hassan, elle s’est distinguée dans l’ignoble en suggérant lourdement que le jeune homme tué était en fait responsable de sa propre mort pour n’avoir pas voulu aller tout de suite à l’hôpital…

Seulement voilà, quoiqu’anciens léninistes, les chefs LFI oublient que « les faits sont têtus ». LFI n’a rien à voir avec tout cela ? Les agresseurs identifiés par la police sont tous des membres de la Jeune Garde, mouvement dissous que LFI a pris sous son aile, entretenant avec lui des liens fraternels et de solidarité ardente. Pire : l’assistant parlementaire du député insoumis Raphaël Arnault compte parmi les suspects interpellés. Rien à voir ? Il faut la mauvaise foi punique de Jean-Luc Mélenchon pour maintenir cette baliverne.

Les liaisons dangereuses avec la Jeune Garde

Accusation injuste, dit LFI. Dans un face-à-face d’équivalence, Mélenchon répond aux outrances de l’extrême droite, qui clame que « l’extrême gauche tue », en se situant au même niveau. Mais il se garde de s’expliquer sur les interrogations légitimes que tout démocrate formule devant le spectacle de ces liaisons dangereuses. N’était-ce pas une faute lourde pour LFI que de s’arrimer à cette bande de faux révolutionnaires de la Jeune Garde, qui se prennent pour d’héroïques guérilleros parce qu’ils s’entraînent aux sports de combat, tiennent dans les bars des propos enflammés et font rituellement le coup de poing avec leurs homologues de l’extrême droite, autres gros bras à petite cervelle. Toujours cette exaltation insurrectionnelle de la gauche radicale qui confond nervis et résistants et qui voit soudain les valeureux combattants qu’elle portait au pinacle s’acharner à coups redoublés et mortels sur un jeune homme à terre. Héroïsme révolutionnaire, en effet…

Le discours agressif et ses effets politiques

LFI se présente en victime parce qu’on met en cause son langage systématiquement agressif, lequel finit par galvaniser ses partisans qui franchissent immanquablement la ligne rouge. C’est souvent le cas des adeptes de l’affrontement verbal qui tombent de leur chaise quand on leur répond sur le même ton. Qui ne voit que la théorisation « du bruit et la fureur », de l’antagonisation du débat, offre des blancs-seings à tous les exaltés, empoisonne la scène publique et autorise le passage à l’acte ?

Ces palinodies grossières trouvent aujourd’hui leur punition. Clouée au pilori, La France insoumise récolte ce qu’elle a semé. Si elle se retrouve au ban de la gauche, elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Personne – sinon ses doubles de l’extrême droite – ne l’a accusée d’avoir voulu la mort de Quentin Deranque, ni même d’avoir organisé l’offensive mortelle de la Jeune Garde. Mais la grande majorité de l’opinion constate que les mélenchonistes sont liés aux meurtriers par une sympathie réciproque et que leur discours brutal a créé une atmosphère propice à tous les débordements. C’est de cela, ni plus ni moins, qu’elle doit rendre compte.

Laurent Joffrin