La faute du président de l’INA
Le responsable de l’un des principaux établissements de l’audiovisuel public a été écarté après avoir acheté de la cocaïne auprès d’un mineur. L’affaire pose une nouvelle fois la question de l’exemplarité des élites.
On connaît les faits : Laurent Vallet, président de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) a été démis de ses fonctions après qu’un jeune homme de 17 ans soit venu chez lui pour livrer une grosse quantité de cocaïne. L’enquête est en cours, une fois l’infraction constatée, et le délit avéré.
Trois conséquences importantes.
Une nouvelle fois, un responsable public d’une grande institution commet une faute grave, donnant une image désastreuse de ceux dont on attend l’exemplarité parce qu’ils représentent la nation. L’ancien président du CNC, lui, avait été condamné il y a quelques mois à de la prison ferme (bracelet électronique), pour agression sexuelle envers son filleul. Il venait pourtant d’être reconduit alors que son procès était en instruction. Il avait immédiatement quitté ses fonctions.
Démissionné d’office, Laurent Vallet, lui, avait été confirmé récemment pour un troisième mandat. Son bilan était très positif et la Cour des Comptes l’avait félicité pour sa bonne gestion. Mais accueillir un mineur chez soi pour se faire livrer de la drogue revient à alimenter les réseaux que l’on a tant de mal à combattre dans les banlieues et qui tendent à s’implanter sur tout le territoire. Ajoutons que cela donne du grain à moudre à une extrême droite qui peut une fois de plus dénoncer les « élites corrompues », qui n’ont aucun respect pour la morale publique.
Non seulement il s’agit d’un comportement condamnable, mais on peut aussi s’interroger sur leur nomination, alors que pour l’un, un procès était en cours, et que pour l’autre, sa consommation de stupéfiants était de notoriété publique. Il est vrai que l’exemple vient de haut puisqu’appartenant tous deux au milieu culturel, ils ont été nommés en conseil des ministres, sur proposition de Rachida Dati, elle-même inculpée dans plusieurs affaires de corruption dont on attend les dates des procès pour l’automne ou le printemps prochain.
C’est aussi une très mauvaise affaire pour l’INA, déjà affectée par les mésaventures de sa précédente présidente, qui avait dû partir et répondre de frais utilisés à des fins personnelles et familiales. Personne n’est parfait et chacun de nous peut faillir ou commettre des erreurs ou des fautes. La compétence n’est pas en cause, mais le comportement personnel fait partie de la mission que le dernier président de l’Ina a négligée pour satisfaire ses pulsions, au mépris des règles élémentaires que fixe la République quand elle honore un haut fonctionnaire d’une responsabilité éminente. Trouver un nouveau président dans ces conditions ne sera pas si simple et affectera inévitablement la gestion et le devenir de ce grand établissement qu’est l’INA.
Voilà enfin qui ne va pas faciliter la tâche de la ministre de la culture, Rachida Dati, dont l’image a déjà singulièrement pâli, pour porter au Parlement sa nouvelle loi audiovisuelle. L’un des principaux établissements faisant partie de sa nouvelle holding, se retrouve décapité avec ce scandale, alors que la mobilisation des présidents de France télévision, Radio-France et l’INA est indispensable pour gérer le personnel et les syndicats foncièrement hostiles à sa loi. Grèves en vue sur fond de climat délétère dont, à coup sûr, notre démocratie n’aurait pas besoin en cette période de populisme montant.



