La fin du front républicain
La mise en cause de LFI dans la tragédie de Lyon – les Insoumis sont accusés de diffuser un climat de violence qui mène au pire – rend quasiment impossible un futur front commun droite-gauche pour contrer le Rassemblement national. Sauf si…
C’était il y a seulement dix-huit mois : lors de la dissolution de 2024, pour empêcher l’extrême droite de gagner les législatives, la droite et le centre ont accepté de se désister pour des candidats LFI s’ils étaient les mieux placés pour battre le RN. Malgré le risque grandissant de victoire des amis de Marine Le Pen, on n’en est plus là. Gérald Darmanin a dit tout haut ce que beaucoup pensent encore tout bas : « Je ne voterai jamais LFI de ma vie. Je suis en désaccord total avec Gabriel Attal sur ce barrage dit républicain qui consiste à voter LFI contre le RN ».
Le drame de Lyon rebat les cartes
Le drame de Lyon est passé par là. Les projecteurs ont été mis sur la violence (au moins verbale) des Insoumis et les indulgences de Jean-Luc Mélenchon pour la Jeune Garde, mouvement de la gauche ultra, dissous par le ministère de l’Intérieur et fortement soupçonné d’être mêlé au meurtre de Quentin Deranque.
Quelques vérités dérangeantes viennent d’être exhumées, mettant LFI sur la sellette. Les images d’un meeting où le lider máximo vante l’action de ce groupe de militants prônant la violence, les qualifie d’« alliés » et les appelle affectueusement « nos jeunes camarades », ont provoqué l’effroi. Il y a encore quelques jours, Jean-Luc Mélenchon protestait contre la dissolution de ce mouvement « antifa », contestée devant le Conseil d’État. Le cofondateur et porte-parole de cette Jeune Garde est Raphaël Arnault, député LFI, investi par son parti malgré une condamnation pour violence. Son assistant parlementaire, interpellé ce mardi, doit répondre de son rôle dans la tragédie de Lyon. N’en jetez plus…
La droite et le centre ferment la porte
La droite et le centre en ont profité pour clouer au pilori LFI et dénoncer toute alliance avec ce parti qu’ils accusent de semer et couvrir la violence. Terrifiés à l’idée d’un second tour de la présidentielle où leur candidat serait éliminé au profit d’un duel LFI-RN, les dirigeants du socle de nouveau commun sur ce point ont déclaré les Insoumis ennemis publics numéro 1. Dans ces conditions, il devient « impensable », comme l’a dit Raphaël Glucksmann lui-même, de passer le moindre accord avec un mouvement qui sent autant le soufre. Même Gabriel Attal, qui avait été le promoteur du front républicain lors de la dissolution, admet en privé qu’une consigne de désistement réciproque ne passerait plus aujourd’hui.
Le mistigri de la diabolisation est désormais passé du RN à LFI. À droite, cette nouvelle donne ouvre des perspectives d’alliances plus ou moins avouées avec l’extrême droite, ce qui divise ce camp. Mais pour la gauche aussi, cela complique la donne. Certes, la rupture des sociaux-démocrates avec les Insoumis est actée, mais des exceptions locales seraient officiellement tolérées, avait assuré le secrétaire général du PS, Pierre Jouvet. De tels accords seront difficiles à justifier.
Une équation stratégique pour 2027
Les municipales sont dans un mois. L’ambiance entre LFI et PS est à couper au couteau. Le drame de Lyon aggrave la situation. À Jean-Luc Mélenchon, qui se prétend blanc comme neige, certains socialistes demandent des preuves de son « innocence », comme le maire de Montpellier Michaël Delafosse : « LFI devrait exclure de ses rangs Raphaël Arnault et Rima Hassan, qui propagent la haine, qui incitent à la violence. Cela crédibiliserait, un peu, vos paroles ! ». Clash en vue…
À moins que ce ne soit une chance. Dans la perspective de 2027, la gauche de gouvernement a intérêt à se montrer implacable envers les Insoumis. C’est en effet sa seule possibilité de succès à la présidentielle. Si un candidat social-démocrate parvenait à se qualifier au second tour, il ne pourrait en effet bénéficier du vote de la droite modérée qu’à cette condition. Ce n’est qu’en faisant aussi de LFI son ennemi que la gauche peut ressusciter… un front républicain.



