La France tétanisée

par Valérie Lecasble |  publié le 14/01/2026

Comme des lapins dans les phares, les Français sont tétanisés par l’incertitude. Budget, agriculteurs, municipales, présidentielle, tout leur semble opaque. Et ils s’inquiètent, impuissants, d’une situation internationale de plus en plus dangereuse.

Des dizaines de tracteurs se sont garés devant l'Assemblée nationale lors d'une action organisée par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs pour protester contre l'accord UE-Mercosur, le 13 janvier 2026. (Photo Telmo Pinto / NurPhoto via AFP)

Mi-janvier, la France n’a pas redémarré. Les fêtes furent plutôt bonnes et les familles comblées au pied du sapin. Mais deux semaines après la rentrée, le pays reste à l’arrêt. Tétanisés par l’incertitude et la crainte de l’avenir, les Français s’inquiètent de savoir où va leur pays, qui a perdu sa boussole.

Budget : l’impasse politique s’éternise

D’abord, il y a le budget. Trois mois de discussions pendant lesquels Olivier Faure est allé quasi chaque jour expliquer ses revendications à la télévision, sans que le Premier ministre n’y apparaisse plus d’une poignée de fois pour y répondre. Motion de censure ? 49-3 ? Ordonnances ? Renversement du gouvernement ? Les Français s’impatientent de connaître l’issue de la crise politique et de ses effets sur leur situation personnelle. En l’absence de visibilité sur leurs impôts, ils n’ont jamais tant épargné.

Ce n’est pas le Premier secrétaire du PS qui va les rassurer en demandant qu’on les augmente pour obtenir plus de justice sociale et, surtout, se disculper du procès en macronisme que lui intente LFI. Quant à Sébastien Lecornu, il contribue à l’anxiété ambiante en refusant de recourir au fameux 49-3 que lui réclament les députés pour qu’on en termine. Quand on vise l’Élysée, pense-t-il, on ne se dédit pas. Ou bien on attend de pouvoir faire porter la responsabilité sur les autres…

Résultat de cette méthode, après 35 séances consacrées au budget à l’Assemblée nationale, 125 heures de débat, dont 5 heures sur la taxe Zucman, la colère puis la lassitude se sont emparées des députés, qui désertent peu à peu les bancs de l’Hémicycle. Leur ennui s’est propagé au pays qui n’a plus la moindre idée de ce que contient aujourd’hui ce fameux budget. Et ne réclame plus qu’une chose, c’est qu’on en finisse !

Agriculteurs et municipales : la tension monte

Acculés, les agriculteurs ruent dans les brancards. Afin qu’on leur paye enfin les subventions promises lors de la grande crise d’il y a deux ans, ils bloquent avec leurs tracteurs les points stratégiques, dont l’Assemblée Nationale, lasse d’attendre l’exécution de la loi d’orientation agricole, gelée elle aussi par l’absence de budget.

Ensuite, il y a les élections municipales dont l’échéance se rapproche, dans deux mois seulement, sans que la campagne ait vraiment démarré. Là aussi, l’incertitude domine. La donne est bouleversée depuis que LFI a lancé sa boule dans le jeu de quilles, risquant de faire basculer à droite les trois plus grandes villes de France tenues jusqu’ici par la gauche (voir l’article : LFI torpille les municipales).

Qui sera mon prochain maire ? Avec quel rapport de forces ? Jamais, à Paris ou à Marseille, l’issue du vote n’a été aussi indécise. Le nouveau scrutin qui préside à l’élection du maire de ces deux villes ouvre la voie à des quadrangulaires au second tour. Une configuration qui permet plusieurs options d’alliances et n’aide pas à en anticiper l’issue.

Pourtant, le résultat des municipales sera crucial pour la dynamique de la présidentielle qui se profile quatorze mois plus tard. Edouard Philippe a reconnu qu’il ne pourrait se lancer dans la course s’il ne parvenait pas à être reconduit comme maire du Havre. Et si la gauche sans LFI devait perdre le trio Paris-Lyon-Marseille, il ne sera pas aisé à son candidat de convaincre qu’il peut présider la France.

Présidentielle et monde instable : l’angoisse s’accroît

Enfin, la présidentielle demeure opaque. Pour la première fois, un seul parti, le RN, abrite deux candidats. Marine Le Pen ne connaîtra pas avant la fin du printemps le verdict de son procès en appel qui décidera de son inéligibilité. Ce n’est guère mieux à droite et à gauche, où personne ne se détache, hormis Jean-Luc Mélenchon.

Sans budget ni visibilité sur leur avenir, les Français n’ont qu’une certitude : le monde est de plus en plus dangereux. Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, les voilà ébahis par l’opération de destitution de Maduro et inquiets des visées de Donald Trump sur le Groenland. Et ils s’indignent, impuissants, de la répression sanglante qui a causé plus de 10 000 morts en Iran.

Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, il y a eu en 2025 davantage de disparitions que de naissances en France. Non que le nombre des décès (650 000) ait augmenté mais en raison d’un recul historique de 25 % de la natalité depuis 2010.
Certes, la France suit le mouvement du reste du monde. Mais ce n’est pas le climat ambiant qui redonnera l’envie aux Français de refaire davantage d’enfants.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique