La gauche primaire
A priori, il paraît logique de désigner un candidat commun pour passer le premier tour de la présidentielle de 2027. Mais dès qu’on y réfléchit un peu, on comprend que c’est un passeport pour la défaite.
Socialistes et écologistes en tiennent pour une primaire. Mais s’ils se lancent dans cette équipée, ils risquent fort de jouer en 2027 un rôle… secondaire. En apparence, ils s’appuient sur deux arguments forts : la gauche a tout à perdre à se présenter en ordre dispersé ; son électorat de gauche reste foncièrement unitaire. Qu’en est-il en réalité ? Ils sont partis pour construire une savante machine à perdre.
Annoncée par une coalition du Parti socialiste, des écologistes et des petites formations réunies autour de Clémentine Autain, Raquel Garrido, Alexis Corbière ou François Ruffin, ce vote préalable se tiendrait le 11 octobre, « en présentiel » et selon un mode de scrutin encore flou.
Une union limitée et divisée
Premier constat : cette unité n’unit pas grand-monde. LFI concourt de son côté, Glucksmann du sien, le PCF est absent et les sociaux-démocrates (Mayer-Rossignol, Delga, Cazeneuve, Hollande ou Geoffroy) récusent le processus. Il y a nettement plus de monde à l’extérieur qu’à l’intérieur. Drôle d’union, qui se limite à une partie des socialistes et des écologistes, avec en prime les exclus de LFI qui cherchent une ombrelle.
Deuzio, ces unitaires sont profondément divisés. Les uns viennent de voter un compromis avec le centre et la droite, les autres de repousser l’accord avec force anathèmes, soucieux de ménager l’avenir avec LFI. À l’automne prochain, ils devront se rassembler au moment où sera discuté le nouveau budget, celui de 2027. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le même hiatus a toutes les chances de se reproduire. On remarque aussi qu’en tête du projet écolo version Tondelier se trouve l’impératif de la décroissance. Comment les socialistes pourraient-ils y souscrire, eux qui comptent sur la croissance pour financer leur programme ? Partisans du compromis et adeptes de la rupture se retrouveront pour signer une charte commune. Sur quelles bases ?
Enfin et surtout, le centre de gravité de cette mini-galaxie est, par définition, plus à gauche que la gauche : les anciens frondeurs du PS forment l’aile droite, placés sous la surveillance des écolos et des transfuges de LFI, qui rêvent de mélenchoniser sans Mélenchon. Ceux-ci dénoncent avec horreur les concessions futures d’une gauche de gouvernement, quand les socialistes, connaissant les contraintes du pouvoir, sont enclins au réalisme. Pour s’imposer à cette coalition brinquebalante, le PS signera un projet très à gauche (et inapplicable), alors que les électeurs qui pourraient leur donner une victoire sont partis vers le centre. Contradiction dans les termes.
Le risque d’un effet repoussoir en 2027
La primaire, à laquelle participeront les plus militants et les plus radicaux des électeurs, tirera nécessairement l’attelage à rebours de l’électorat flottant qui pourrait rejoindre la gauche. Dans ces conditions, à la copie édulcorée du mélenchonisme, beaucoup d’électeurs de gauche préféreront l’original LFI. Les autres partiront vers le centre dans l’espoir de barrer la route au RN. À moins que Mélenchon ne réussisse son pari et n’arrive au second tour, ce qui assurera la victoire de la candidature RN.
Voilà donc où nous en sommes. Si les sociaux-démocrates persistent à ne pas s’unir pour présenter au pays un projet de transformation sociale crédible qui tienne compte du monde nouveau qui émerge sous la férule des empires, c’est ce scénario de la défaite inévitable qui s’imposera. Vont-ils finir par s’en rendre compte ?



