La guerre de Gaza fracture les gouvernements

par Régis Poulain |  publié le 31/08/2025

Face au massacre de la population civile gazaouie, les coalitions au pouvoir dans plusieurs pays européens hésitent à condamner plus fermement Israël. Au risque de faire éclater leur majorité.

Le ministre des Affaires étrangères par intérim, Caspar Veldkamp, a démissionné vendredi 22 août, après un débat infructueux au sujet de possibles sanctions visant Israël. (Photo ROBIN VAN LONKHUIJSEN / ANP via AFP)

La poursuite des opérations militaires à Gaza et les pertes subies par la population divisent les gouvernements et menace leur stabilité politique. Au sein des 27, plusieurs États se sont fait les avocats d’une d’une condamnation plus ferme de la politique israélienne, au fur et à mesure que les manquements graves au droit international humanitaire se multiplient.

Mais la plupart de ces gouvernements s’appuient sur des coalitions bâties au terme de longues négociations. Ce que la France apprend depuis 2022 dans la douleur, à savoir les compromis et les tractations au Parlement pour gouverner un pays, sont monnaie courante chez ses voisins. Et dans ces coalitions, les événements internationaux peuvent venir mettre à bas des contrats de gouvernement élaborés pendant des mois.

Aux Pays-Bas, le gouvernement minoritaire de droite, déjà démissionnaire, a vu l’un de ses principaux partis claquer la porte. Caspar Veldkamp, ministre des Affaires étrangères et membre du parti centriste Nouveau Contrat social a quitté , suivi par les 8 autres ministres de sa formation dont le vice-Premier ministre. Dégoûté par l’absence de volonté de ses partenaires d’imposer des sanctions envers l’Etat hébreux. Ancien ambassadeur à Tel-Aviv, il avait auparavant défendu le « droit d’Israël à se défendre » mais a révisé sa position et fur et à mesure de la progression de la guerre. Il avait proposé un embargo sur l’importation des produits des colonies israéliennes en Cisjordanie, une interdiction d’achats d’armes à Israël, des interdictions de voyage pour les ministres israéliens d’extrême droite et la reconnaissance de l’État palestinien. Déjà prévues avant cet évènement, des élections législatives anticipées doivent avoir lieu dans deux mois.

En Belgique, la coalition au pouvoir, dominé par les nationalistes flamands, tarde également à réagir. Le wallon Maxime Prévot est ministre des Affaires étrangères et veut augmenter la pression sur le Premier ministre Bart De Wever, qui a exprimé son refus d’une reconnaissance de l’État de Palestine à court terme. Il souhaite mettre en place les mêmes mesures que son homologue démissionnaire néerlandais. S’il a écarté la chute du gouvernement, Prévot a prévenu : tant que des sanctions ne seront pas prises, il bloquera l’avancée d’autres dossiers majeurs. La Belgique a jusqu’au 5 septembre pour faire connaître sa position sur « la déclaration de New York », l’initiative de reconnaissance lancée par Emmanuel Macron.

D’autres gouvernements doivent parfois aller contre leur propre base, dans un retournement de position parfois baroque. Le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé un embargo aux contours flous sur les ventes d’armes à Israël. Son pays est le deuxième fournisseur d’armes lourdes à Israël et lui fournit 30% de son armement. Mais ces restrictions, limitée dans leur portée et leur durée, n’auront d’incidence ni sur le terrain ni sur la coopération militaire à plus long terme. Cependant, le chancelier a pris sa décision sans consulter ses partenaires de coalition et dû interrompre ses vacances pour venir se justifier à la télévision publique. La CSU a tonné contre, ainsi que plusieurs ténors conservateurs : en Allemagne, le poids de l’histoire confère à la relation avec Israël une dimension sensible qui rend toute inflexion difficile.

Régis Poulain