La macronie va-t-elle passer l’arme à gauche ?

par Boris Enet |  publié le 07/10/2025

La médiocrité des directions des partis a conduit le pays au bord du gouffre. Retailleau s’est imposé dans le rôle du major de promotion même si d’autres n’ont pas « démérité ». Reste donc à oser ce qui était impensable il y a encore quarante-huit heures …

Le président Emmanuel Macron quitte le Panthéon en compagnie d'Élisabeth Badinter, veuve de l'ancien avocat et ministre de la Justice Robert Badinter, après une visite préparatoire à l'intronisation de Robert Badinter, qui sera inhumé au mausolée du Panthéon. Ce même jour, le 6 octobre 2025, Macron a accepté la démission du Premier ministre Sébastien Lecornu plongeant ainsi le pays dans une impasse. (Photo : Ludovic MARIN / AFP)

Tout s’est emballé dans cette phase d’éclatement des institutions d’une Ve République finissante. Une, deux… en attendant une éventuelle troisième répétition d’une censure conjointement portée par la gauche et le Rassemblement National mêlant les votes de leurs députés respectifs sans la moindre alternative pour le jour d’après. Certes, la dissolution décidée par le président au soir des désastreuses européennes du 9 juin 2024 avait de quoi en désorienter plus d’un … mais les circonstances atténuantes ne valent pas amnistie.
Résultat : l’Europe tout entière qui est fragilisée au moment d’affronter tant de défis majeurs – guerre d’agression russe, offensive de la Tech américaine, coups tordus de Trump, succès de Babis en Tchéquie etc. Le recul significatif de l’euro sur les marchés de change en témoigne au-delà du décrochage du CAC à la Bourse de Paris, de l’augmentation des taux sur la dette française et du creusement du spread entre Paris et Berlin. Car, le ressort de ces mauvaises nouvelles en cascade réside avant tout dans l’instabilité politique.

Deux blocs et non trois se dessinent en vue d’une tentative de stabilisation de la situation en attendant le rendez-vous de la présidentielle de 2027. L’alliance d’extrême-droite avec le RN en tête de gondole et les Républicains de Retailleau et Wauquiez en force d’appoint. Le Pen fait mine de s’être recentrée quand les seconds se radicalisent sans fard. Ils vont les uns vers les autres avec le soutien de Bolloré, Stérin et de leurs milliards quand bien même deux lignes cohabitent entre les plus « libéraux » et les plus étatistes.

Face à ce danger mortel, l’aile progressiste du bloc central et la gauche n’ont pas le choix s’ils ne veulent pas être emportés et les libertés publiques avec eux. Ils doivent faire ensemble au nom d’un front démocratique ou républicain. Le programme d’un attelage de ce genre ne va pas de soi, évidemment même si l’Europe, la responsabilité budgétaire et sociale sont souvent partiellement partagées par-delà les postures électoralistes. Qui peut croire d’ailleurs qu’un gouvernement, né dans ces circonstances à un an de l’entrée en campagne pour la présidentielle, pourrait faire autre chose que d’expédier au mieux les affaires courantes pour éviter le pire. Cela suppose qu’il se trouve à gauche des femmes et des hommes suffisamment responsables et courageux pour en prendre le risque sans trembler en renonçant à tout compagnonnage avec les populistes. En vue du second tour de l’élection dans la cinquième circonscription de l’étranger, la direction Faure a encore trébuché à la différence de Glucksmann et de Place publique, même si elle a décliné la convocation de Mélenchon…

Déguisée en force de gauche, LFI prétend en effet franchir une nouvelle étape vers le chaos par la destitution de Macron. Accompagner cette démarche au profit de Poutine et consorts n’est pas concevable à gauche. Répétons-le, LFI est tout à la fois anti-européenne entravant et la construction de l’Union et son soutien à l’Ukraine. LFI est complice d’antisémitisme – Rima Hassan soutenue par Mélenchon fait de « 1948 » et non de la politique de Netanyahou la cause du drame vécu par les Palestiniens, ce qui revient à mettre en cause l’existence même d’Israël. LFI se moque de l’État de droit, de la séparation des cultes et de la puissance publique qui fonde la démocratie qu’elle ne respecte pas davantage en son sein – ni débats démocratiques, ni élection libre. Mélenchon et LFI ne relèvent aucunement d’une possible « solution ». La gauche oui, si elle se débarrasse de ses démons et opte pour le moindre mal.

Boris Enet