La minable calomnie contre Najat Vallaud-Belkacem
On accuse l’ancienne ministre de bénéficier d’un passe-droit obtenu par népotisme. Sans la moindre preuve, selon l’éthique journalistique bien connue du groupe Bolloré.
Très louche, cette campagne soigneusement orchestrée contre Najat Vallaud-Belkacem, qui a eu l’invraisemblable toupet de postuler à la Cour des Comptes sans suivre le cursus classique de la haute fonction publique. Se serait-elle appelée Dupont ou de la Margelle du Puits, aurait-elle subi la même bordée d’insinuations sans preuves et de d’accusations gratuites sur les plateaux et dans les journaux d’extrême-droite, et plus particulièrement ceux du groupe Bolloré ?
Dans un débat d’un pluralisme exemplaire, une journaliste d’Europe 1 reçoit Raphaël Stainville, journaliste à Valeurs Actuelles, et Gilles-William Goldnadel, chroniqueur du CNews, autrement dit une discussion qui réunit trois clones du commentaire d’extrême-droite. Copinage, incompétence, entre-soi, népotisme, tels sont les plus aimables des affirmations péremptoires dispensées pendant ce débat tout sauf contradictoire, comme le groupe Bolloré en diffuse sur ses canaux jour après jours.
Une preuve ? Un fait délictueux ? Un document compromettant ? Non, rien, rien de rien, sinon des raisonnements, des suppositions, des raccourcis : c’est la trame de ces calomnies répandues à foison par la fanfare Bolloré jouant à l’unisson.
Revenons donc aux faits : l’ancienne ministre de l’Éducation postule à la Cour des Comptes où elle souhaite travailler après une carrière bien remplie l’élue locale et de ministre. Une procédure arbitraire ? Certainement pas. Chaque année, la Cour recrute une poignée de postulants qui n’ont pas suivi le cursus classique – ENA et choix de la Cour en fin de scolarité, ou bien itinéraire balisé au sein de la haute fonction publique. On dénonce l’énarchie, puis on dénonce celles ou ceux qui n’en font pas partie. Allez comprendre…
L’admission se fait par choix successifs à partir de quelque 150 dossiers déposés, soumis ensuite en deux étapes (sélection du dossier puis entretien) à un aréopage de la Cour composé de hauts-fonctionnaires aux opinions diverses désignés pour leur expérience au sein de l’administration. Les calomniateurs supposent donc, contre l’évidence, que ce groupe de fonctionnaires agit sur ordre du pouvoir politique, tel une bande de valets complices de l’actuelle majorité, ce qui est purement diffamatoire quand on connaît un tant soit peu les moeurs de la haute administration (où l’on trouve autant de gens de droite que de gauche).
Une fois ces obstacles passés, les impétrants sélectionnés (cinq au total) sont désignés par le gouvernement en conseil des ministres, sous la houlette du président de la République, lesquels ratifient traditionnellement la liste qui leur est proposée. Le président de la Cour, Pierre Moscovici, socialiste, énarque et ancien ministre, dont les activités rue Cambon n’ont jamais été soupçonnées de partialité politique, et qui tance régulièrement les divers gouvernements pour leurs écarts selon la tradition de ce temple de la rigueur financière, s’est tenu à l’écart d’une délibération très officielle précisément pour se soustraire à tout soupçon de partialité.
Incompétente, Najat Vallaud-Belkacem ? Voilà bien une affirmation grotesque. D’origine modeste, diplômée de Sciences Po et licenciée en droit, elle a mené une carrière d’élue locale puis de ministre, avant de passer par le privé puis de présider une importante ONG, selon un parcours qui ressortit à l’évidence de la méritocratie républicaine. Elle a donc dirigé, par le fait, de vastes administrations, dont le ministère de l’Éducation où travaillent environ un million de fonctionnaires. Un profil plutôt recherché au sommet de l’État qui cherche – prudemment – à élargir sa composition au-delà de la mince élite produite par l’ENA.
Seulement voilà : elle est l’épouse de Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée. Dès lors, tenue pour une simple « femme de », comme on le fait souvent pour les femmes (mais pas pour les hommes), on l’accuse de bénéficier d’un pacte secret selon lequel Vallaud s’abstiendrait de voter la censure du gouvernement en échange de la nomination indue de son épouse à la Cour. Une preuve de l’accusation ? Aucune, là encore. Pour l’anecdote, Boris Vallaud venait justement de déposer une motion de censure et son parti (où il n’est pas le seul à décider, loin de là) a pris une position très négative sur le projet de loi de Finances qui pourrait le conduire, (ou non selon la négociation subséquente), à déposer une autre motion de censure à la rentrée. Si pacte il y avait avec Bayrou, il serait pour le moins fragile, ce que les accusateurs reconnaissent d’ailleurs, sans peur de la contradiction.
Conclusion ? Cette querelle qu’on monte en sauce en roulant des yeux, avec maintes proclamations sonores sur l’éthique de la fonction publique, n’est qu’une minable opération de diffamation politique organisée en piétinant les règles élémentaires de l’éthique journalistique. Le proverbe est connu : calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose.



