La mode doit cesser de polluer !
Pour apporter sa contribution à la lutte pour le climat, la mode doit se réinventer en profondeur, sans passe-droit en faveur du luxe.
PAR JEAN HINGRAY (*)
Depuis plusieurs mois, les parlementaires examinent une proposition de loi ambitieuse visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile. Cette initiative est salutaire : selon l’Ademe, ce secteur représente à lui seul 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, sans compter l’utilisation massive d’eau, la pollution des sols et la production de déchets textiles en croissance constante. Face à cette réalité, il est impératif de repenser en profondeur les pratiques de toute la filière, de la conception à la distribution.
Mais pour que cette ambition débouche sur des résultats concrets, elle doit s’appuyer sur une vision globale et exigeante de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Cela implique d’éviter deux écueils : le ciblage simpliste d’un segment du marché – en l’occurrence les acteurs asiatiques – et l’indulgence vis-à-vis de certaines entreprises occidentales ou de luxe qui bénéficieraient d’un traitement différencié.
La RSE ne peut être à géométrie variable : elle ne peut ignorer ni l’origine géographique ni le positionnement marketing.
Le cas récent de Loro Piana, filiale du groupe LVMH, placée sous administration judiciaire par un tribunal de Milan pour avoir eu recours à des sous-traitants exploitant des travailleurs forcés, est un signal d’alerte. Il démontre que les dérives sociales et environnementales ne sont pas l’apanage de la fast fashion, mais peuvent exister y compris au sommet de la pyramide du luxe. Nous devons ainsi bâtir une régulation exigeante fondée sur des critères objectifs de durabilité, de traçabilité et de transparence, applicables à tous : marques de luxe, plateformes numériques, acteurs asiatiques ou européens, artisans ou grandes enseignes. Cette approche constitue le cœur d’une démarche RSE sérieuse et structurante.
Encourager l’innovation dans les matériaux écologiques, soutenir le recyclage efficace, réduire l’empreinte carbone et la consommation de ressources naturelles, sont autant de leviers essentiels. Mais ces efforts n’auront de sens que s’ils s’accompagnent d’une transparence complète sur les chaînes d’approvisionnement, permettant aux consommateurs de faire des choix éclairés, et aux États de faire respecter les standards qu’ils édictent.
Enfin, il est temps de porter un discours positif et unificateur : l’industrie du textile peut devenir un modèle de durabilité et de responsabilité sociale, si tous les acteurs s’y engagent réellement – sans exception, sans privilège, sans stigmatisation. C’est en coopérant, au niveau national et international, en rassemblant industriels, créateurs, législateurs et citoyens, que nous construirons une mode respectueuse de la planète comme des personnes.
(*) Jean Hingray est sénateur, membre du groupe Union centriste



