La science, voilà l’ennemi !
Méthodiquement, les trumpistes s’attaquent aux vérités scientifiques pour faire prévaloir leurs obsessions idéologiques. Avec la complicité d’une escouade d’idiots utiles qui les aident à détériorer le climat ou à mettre en danger la santé des Américains.
Le 29 juillet dernier, un comité composé de scientifiques climatosceptiques à la retraite, sous la houlette d’un ministre de l’Énergie issu de l’industrie pétrolière, minore les effets du réchauffement climatique. Quelques jours après, le 6 août, le ministre de la Santé, Robert Kennedy Jr, antivaccin notoire, suspend le financement de la recherche pour les vaccins à ARN messager qui avaient pourtant démontré leur efficacité au cours du Covid.
Ces attaques contre la science ne sont pas des coïncidences. Comme l’a rappelé Laurent Joffrin dans un éditorial récent, c’est la notion de vérité objective qui est attaquée sans relâche par Trump, véritable Orwell à la maison Blanche. Casser la vérité sert des desseins politiques ou idéologiques bien établis. Elle permet de nier de mauvais chiffres et surtout d’offrir une réalité et une vision du monde alternatives.
Dans ce monde alternatif, le réchauffement climatique est un canular ou un problème exagéré par des écologistes, le Covid 19 un faux virus monté en épingle par des fabricants de vaccins nocifs pour la santé, avec la complicité de gouvernements cupides. Quant aux mauvais chiffres du chômage aujourd’hui ou de l’inflation demain, ils ne sont que des avis émis par des adversaires politiques, pas des faits avérés. A ce sujet, pour justifier le renvoi de la directrice du Bureau des Statistiques du Travail, Trump avait confié qu’il « pensait que les chiffres annoncés du chômage étaient faux ».
Il est par essence impossible de démonter ces systèmes de pensée, car cette vision du monde alternative est purement idéologique. Dans sa croisade anti-élite et antisystème, Trump est parvenu à politiser la science et les faits, pour en faire des ennemis de classe contre le « bon sens » du peuple qui, comme la terre hier pour Pétain, « ne ment pas ».
Le nouveau parti républicain sous Trump est une alliance d’idéologues conspirationnistes et de cyniques réalistes qui voient en ces alliés imprévisibles des idiots utiles qu’ils croient pouvoir contrôler pour parvenir à leurs fins. Si le réchauffement climatique est un canular ou en tous les cas exagéré, l’exploration des sols peut se poursuivre, pour plus de pétrole et une baisse des prix de l’essence, totem absolu pour Trump. Si les statistiques sont suspectes, alors les coupes radicales dans les budgets sociaux pour financer des baisses d’impôts pour les plus riches deviennent possibles. Et lorsque la mortalité infantile explosera après une baisse de la vaccination, ils pourront nier l’évidence en accusant des scientifiques « progressistes » d’« exploiter la détresse des familles », comme ils nient aujourd’hui les liens de cause à effet entre le port d’armes et les tueries de masse, ou entre le réchauffement climatique et les catastrophes naturelles. Sous Staline, déjà, le biologiste Lyssenko opposait la science « prolétarienne » à la science tout court.
Comme dans toute révolution, qu’elle soit bolchevique, iranienne ou trumpiste, les véritables idiots utiles sont ces réalistes cyniques déjà débordés par les plus extrémistes. Comme l’illustre l’attaque du Centre des maladies infectieuses (CDC) par un conspirationniste antivaccin le 8 août dernier, la vérité objective a déserté une partie non négligeable du pays, au profit d’une vision biaisée, vengeresse qui emportera tout sur son passage, des vérités économiques à la santé des citoyens américains, en passant par la capacité de continuer à vivre sur une planète habitable.



