La spirale décroissante du budget 2025

par Gilles Bridier |  publié le 20/04/2025

Avant de chercher des économies pour 2026, François Bayrou doit réagir aux prévisions de croissance en recul pour 2025. Les intentions d’embauche plongent dans les entreprises.

Ministère de l'Économie et des Finances également appelé Bercy à Paris, le 5 avril 2025. (Photo Antoine Boureau / Hans Lucas via AFP)

Avant de ficeler un budget 2026 de tous les dangers pour François Bayrou, le gouvernement doit réagir à un recul de la prévision de croissance de 0,9% à 0,7% pour 2025, bien loin du taux de 1,1% de 2024 qui, aujourd’hui, ferait rêver.

Voilà déjà un mois que la Banque de France avait formulé ce sombre pronostic, mais le gouvernement campait sur ses positions pour justifier d’un déficit de 5,4% de PIB. La réalité le rattrape. Elle pourrait même être plus implacable encore, avec une croissance réduite à 0,5% sur fond de guerre des taxes, selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). De nouvelles économies devront être débusquées dès cette année d’autant que, selon France Travail, les employeurs affichent pour cette année une baisse des intentions d’embauche de 12,5%. Croissance anémique et recul des recrutements les conditions se rejoignent pour faire progresser le chômage à 7,6% à la mi-2025 selon l’Insee, et même 8% en fin d’année selon la Banque de France. Sombres prévisions pour l’emploi comme pour les recettes de l’Etat !

L’économie française ne s’est pas encore remise de l’épidémie de Covid. Si la productivité a baissé dans tous les pays européens à cause du ralentissement de l’activité, les autres membres de l’Union européenne ont retrouvé une progression normale. Pas la France où la productivité a reculé de 3,5% entre 2019 et 2023 selon l’Insee, alors qu’elle s’améliorait chaque année avant la pandémie. Et le mal persiste. Le problème ne vient pas de la richesse produite par heure travaillée, mais plutôt du nombre d’heures travaillées par actif occupé : 13% de moins que la moyenne européenne, plus de 20% sous les Etats-Unis, établit l’OCDE. Voilà qui résonne dans les propos du Premier ministre, le 15 avril, considérant que la France « ne produit pas assez et ne travaille pas assez ». Si, en plus, le nombre d’actifs en emploi recule, l’équation devient insoluble pour Bercy.

Pas question d’augmenter les charges qui pèsent sur le travail. François Bayrou a évacué d’emblée cette piste. Si le coût du travail se situe actuellement à peu près au même niveau que celui de l’Allemagne à 44 euros de l’heure en moyenne pour l’industrie et les services, il est de 30% à 40% moins élevé en Italie et en Espagne et moitié moins en Slovaquie, calcule l’institut Rexecode. Toute mesure qui alourdirait le coût du travail pour les entreprises ferait perdre encore de sa compétitivité au « made in France » déjà bien handicapé… surtout au moment où la pression des exportateurs chinois va s’accentuer pour compenser la fermeture du marché américain dont ils sont victimes.

De toute façon, s’agissant des salariés, ils sont déjà les plus pénalisés de tous les pays de l’UE (à l’exception de la Belgique) par le poids de 30% des charges sociales défalquées de leur salaire brut ! Quant aux entreprises qui financent les deux tiers de la protection sociale, elles réagiraient en délocalisant encore plus si leur contribution devait être augmentée. Au contraire, elles réclament comme le Medef que cette protection sociale soit financée par l’impôt afin de ne pas reposer sur le seul travail, pénalisant la productivité des productions françaises.

Pour le reste, on connaît les données du problème rappelées par Bayrou. Le recours à l’emprunt est rendu « intenable » compte tenu des 3300 milliards d’euros de dette publique qui vont générer cette année 62 milliards d’intérêts, selon lui. Qu’il est loin le temps où Bruno Le Maire à Bercy ne voyait aucun problème à emprunter sur les marchés où les créanciers consentaient des taux négatifs à la France! C’était en 2017… Restent les économies. Lesquelles ? On en a déjà beaucoup cherché pour boucler laborieusement le budget 2025. Elles ne suffisent plus, et il en faudra 40 milliards de plus l’an prochain. Une paille…

Gilles Bridier