La spirale du déclin
Tous les indices convergent : faute d’efficacité économique, la France est menacée d’une relégation générale. Dans le monde tel qu’il va, il n’y aura pas de programme présidentiel crédible qui éluderait cette menace existentielle.
Voilà une réalité dérangeante que la gauche française a du mal à prendre en compte dans ses programmes. C’est Antoine Foucher, auteur de bons essais économiques (*), qui sonne l’alarme dans Les Échos, en reprenant un chiffre tout simple que l’Insee vient de publier : en 2024, le PIB par habitant de la France a été inférieur à la moyenne des pays de l’Union européenne. Traduction simple : « en moyenne, un Français est aujourd’hui moins riche qu’un Européen. »
Mauvaise passe ? Pas du tout : c’est la troisième fois que la production par tête passe au-dessous de la moyenne européenne. Depuis trois ans, donc, l’économie française connaît un déclin relatif en Europe. Rien d’étonnant pour qui suit la conjoncture : depuis la crise financière de 2008, le pouvoir d’achat des Français est englué dans la stagnation.
PIB par habitant : un décrochage européen On s’en consolerait si les autres indicateurs étaient meilleurs. Las ! Non seulement le temps de travail des Français sur une vie est inférieur à celui des économies concurrentes, mais la productivité française est aussi à la peine, alors qu’elle se portait traditionnellement plutôt mieux qu’ailleurs, ce qui tendait à compenser une moindre quantité de travail. On travaillait moins mais mieux : ce temps est désormais révolu.
Déficits, dette et charge financière
Aussi bien, la France subit un déficit commercial structurel, conserve avec obstination un déficit des finances publiques considérable (5 % du PIB encore dans la prévision budgétaire pour 2026), et ploie sous une dette de 3 500 milliards d’euros, soit 117 % du PIB, dont la charge financière est en passe de devenir le premier poste de la dépense publique.
On dira que plaie d’argent n’est pas mortelle et que si les Français préfèrent du temps libre à de meilleures finances, publiques et personnelles, c’est bien leur droit. Mais il faut alors expliquer comment on compte financer des services publics qu’on juge déficients, une hausse du pouvoir d’achat des classes populaires qu’on estime urgente, des investissements dans la recherche, l’industrie, ou la technologie qu’on réclame à cor et à cri, tout comme l’indispensable effort éducatif sans lequel la productivité continuera à décliner.
Une équation politique pour 2027
Le cercle vicieux de la non-croissance est en effet implacable : après dix ans de ce régime, la France se retrouvera inéluctablement reléguée dans le peloton de queue des nations développées, courbant l’échine sous le poids du sous-emploi, de la gêne financière, de l’inégalité, de la dépendance et du retard technologique.
Ce danger de plus en plus vraisemblable a des conséquences politiques : en 2027, il n’y aura pas de programme présidentiel crédible qui fasse l’impasse sur le redressement nécessaire. Celui-ci passe par l’investissement, l’effort scolaire, la réduction des déficits et la mobilisation de tous les Français. Pour l’instant, la gauche n’en prend pas le chemin. Ancrée dans sa tradition, elle compte sur la fiscalité pour financer le sursaut. Mais, aussi nécessaire soit-elle, l’imposition des hauts revenus et des hauts patrimoines ne sera pas à la mesure des besoins. L’effort devra concerner tout un chacun, à condition – c’est là que les progressistes se distingueront – qu’il soit justement réparti. Hors de ces réalités contraignantes, qu’une gauche arrivant au pouvoir devra impérativement prendre en charge, il n’y a pas de politique possible.
(*) Antoine Foucher – Sortir du travail qui ne paie plus, Éditions de l’Aube, août 2024



