La stratégie de Trump pour se dépêtrer de l’affaire Epstein
Dans le film « The Apprentice », retraçant les débuts de l’ascension de Trump dans les années 1980, son avocat et mentor Roy Cohn profère un modus operandi pour gagner les procès qui sera repris par Trump tout au long de sa carrière : « Attaquer, attaquer, attaquer » et « ne jamais s’excuser ».
Alors qu’il est empêtré dans l’affaire Epstein, Donald Trump a choisi de recourir une nouvelle fois à ce procédé, en faisant feu de tout bois contre ses ennemis et remobiliser de la sorte autour de lui ses partisans.
Trump vient ainsi d’attaquer en justice le Wall Street Journal, journal de la droite des affaires appartenant à Rupert Murdoch, suite à la publication d’une lettre très amicale que Trump aurait envoyée à Epstein à l’occasion de ses 50 ans, parlant de « petits secrets » partagés. Aujourd’hui, le président américain demande 10 milliards de dollars de dommages et intérêts, somme fantaisiste qui a surtout l’objectif de frapper les esprits, montrer à ses partisans sa force et intimider les autres organes de presse qui seraient tentés de relayer ces accusations ou d’en émettre de nouvelles.
En s’attaquant à Murdoch, également propriétaire de Fox News, Trump montre à ses partisans qu’il demeure « leur » président, antisystème, anti-élites et pas seulement antidémocrate. Il reprend ainsi le narratif qui l’avait propulsé au pouvoir.
Au-delà de ce procès intenté à Murdoch, reflet de sa haine des media partagée par sa base, la principale contre-attaque de Trump vise surtout à reprendre l’offensive sur le dossier Epstein, en accusant ses adversaires démocrates des pires turpitudes dont lui-même est accusé, avec des attaques plus fantaisistes les unes que les autres.
Citons ici Charles Pasqua qui disait « Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien ». Pour Trump, cela veut dire noyer le poisson en accusant les Démocrates d’être eux-mêmes à l’origine de l’affaire Epstein ou en tous les cas en ajoutant suffisamment de nouveaux éléments susceptibles de rendre cette affaire inintelligible ou tout au moins confuse. Que cette présentation ne résiste pas à l’analyse des faits, MAGA ayant été à l’origine de toute cette affaire Epstein depuis le suicide de ce dernier en 2019, dans le premier mandat de Trump, n’a aucune espèce d’importance pour une base shootée a la « post-vérité » et au complotisme.
En parallèle, d’autres contre-attaques sont d’ores et déjà en préparation avec toujours un double objectif : rendre l’affaire Epstein incompréhensible et remobiliser ses partisans en attaquant des cibles honnies, de Clinton à Obama en passant par d’anciens responsables des administrations Obama et Biden.
Trump a ainsi tweeté des images d’Obama, Clinton et d’autres responsables en tenue de prisonnier, fait « révéler » par sa responsable du contre-espionnage (et complotiste notoire) Tulsi Gabbard, de nouveaux « faits » sur les écoutes dont il aurait été victime par Obama, et par sa ministre de les Justice de nouveaux « éléments » concernant l’affaire des emails privés de Hillary Clinton, affaire assez secondaire, mais qui avait grandement contribue à sa défaite en 2016 contre Trump. Ces accusations sont si graves qu’elles ont d’ailleurs conduit Obama à réagir publiquement (et exceptionnellement) en dénonçant cette manœuvre de diversion de Trump, ce qui était exactement le but de ce dernier, avec la mise en scène d’un affrontement avec son prédécesseur honni par lui et par sa base.
Qu’il s’agisse du procès contre le Wall Street Journal ou des « révélations » et prochaines mises en accusations voire emprisonnements dont il menace ses ennemis, l’essentiel pour Trump n’est pas de gagner ces batailles, mais de les mener, d’occuper le terrain et présenter l’affaire Epstein comme une diversion qui ne doit pas troubler la bataille contre ses opposants, le « système » et « l’état profond ».
À ce sujet, le propos lunaire du député républicain Tim Burchett, très en pointe sur l’affaire Epstein, mérite d’être souligné. Dans l’émission « State of the Union » sur CNN, il devait dire que la « corruption endémique de Biden » rendait toute révélation concernant Trump et ses liens avec Epstein suspecte, car il était probable que l’administration Biden ait trafiqué le dossier, admettant dans le même souffle n’avoir aucune preuve de cette accusation. Dans cette même interview, il devait d’ailleurs dire que la version officielle de l’assassinat de Kennedy ne tenait pas la route…
Trump a un profond mépris pour ses électeurs. Il pense qu’il peut leur faire gober n’importe quoi et il compte bien utiliser toute la panoplie à sa disposition pour reprendre la main, jamais meilleur que lorsqu’il met l’attention sur ses ennemis qu’il qualifie d’ennemi du peuple et qu’il parvient à créer une impression de citadelle assiégée qu’il est le seul à défendre contre l’état profond honni.
Au regard de l’instinct de survie de Trump, de sa personnalité et de son manque absolu de scrupule, tout est sur la table, même – et surtout – le pire. Il est fort probable que d’autres théories du complot fantaisistes et de fausses accusations soient brandies afin d’obscurcir la vérité, accuser sans preuve ses opposants, pour remobiliser ses partisans et faire oublier les soupçons qui portent sur lui.



