La vérité sur la dette

par Gilles Bridier |  publié le 26/08/2025

Le niveau de dette par rapport au PIB a déjà atteint les sommets d’aujourd’hui. À force de promesses non tenues sur le redressement économique et face à l’instabilité politique, les créanciers perdent confiance et le font payer.

Le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, s'exprime lors de la séance des questions au gouvernement au Sénat, le 20 janvier 2021 (Photo Daniel Pier / NurPhoto via AFP)

« Les Français n’ont pas d’inquiétude à avoir sur le financement de notre dette », déclarait en janvier 2021 Bruno Le Maire, ex-ministre de l’Économie et des Finances, au Sénat. C’était il y a seulement quatre ans. La France pouvait alors emprunter sur les marchés financiers à des taux nuls voire légèrement négatifs. Alors, pourquoi se priver ? L’Agence France Trésor, à qui il incombe de gérer la dette, s’apprêtait à lever 260 milliards d’euros dans l’année. Mais une certaine inquiétude se manifestait parmi les sénateurs. Car à l’époque, la dette publique frôlait déjà la barre des 114 points de PIB. Mais elle était sur une pente descendante et le ministre comptait sur le retour de la croissance et des réformes structurelles pour étayer le bien-fondé de sa stratégie.

Quatre ans plus tard, la dette de 3 345 milliards d’euros à la fin du premier trimestre 2025 est revenue à 114 points de PIB – soit presque deux fois plus qu’en 2000 ! Mais la belle assurance de l’ancien maître de Bercy a cédé la place à l’alarmisme réaliste de François Bayrou. Pourquoi un tel retournement ? C’est tout simple : les taux nuls ou négatifs ont disparu. Pour financer ses besoins, la France emprunte dorénavant à un taux qui frôle 3,5% après avoir sans cesse progressé depuis quatre ans.

Car les promesses ne suffisent plus. La France s’enfonce inexorablement dans une crise de la dette. Après 5,4% de déficit budgétaire en 2023 et 5,8% en 2024, l’objectif pour 2025 reste encore à 5,4% de déficit… Piètre performance. Les marchés financiers, et notamment les investisseurs étrangers qui détiennent 54% de la dette française, réclament des projections réalistes et des résultats tangibles. « Si nous avons une signature aussi crédible, c’est que la France s’engage sans aucune ambiguïté à rembourser sa dette », expliquait Bruno Le Maire en son temps. Il semble qu’une certaine ambiguïté se soit immiscée dans l’esprit des créanciers qui, comme tels, détestent l’incertitude. Et le font payer.

Aussi, de 36 milliards d’euros en 2021, la charge de la dette a atteint 50 milliards l’an dernier, et pourrait grimper à 66 milliards cette année, a alerté le Premier ministre à l’occasion de sa conférence de presse du 25 août. Pire : François Bayrou prédit une hausse des intérêts à 75 milliards en 2026… et jusqu’à 107 milliards en 2029, en se fondant sur une extrapolation de la Cour des Comptes.

La croissance, qui devrait s’inscrire cette année en-dessous du timide 0,7% anticipé par le gouvernement, n’a pas été au rendez-vous. Les réformes structurelles pour relancer la productivité en France et la compétitivité à l’international n’ont pas été menées. La remise à plat du financement de la protection sociale, la réforme des retraites passe mal, le poids des cotisations sociales dans la masse salariale des entreprises et la fiscalité comme les normes empêchent la réindustrialisation du pays. Et le contexte géopolitique qui pénalise l’Europe de tous côtés sont autant de facteurs aggravants.

Mais surtout, l’instabilité politique qui marque le deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron mine la confiance des marchés sur les capacités du pays à relancer son économie. C’est ce qui marque une spécificité française, depuis la dissolution de 2024, et la distingue des autres grandes économies de l’Union européenne. Aussi le Premier ministre a-t-il voulu créer un choc en mettant, en quelque sorte, sa démission dans la balance, réclamant une unité d’analyse des différentes composantes politiques. Une forme de chèque en blanc avant les discussions budgétaires, qui avait bien peu de chances d’être signé par les oppositions. Le défi a, dit-on, un certain panache. Mais gascon ou pas, de la part d’un Premier ministre, on attendrait surtout de la détermination pour sortir de l’enlisement…

Gilles Bridier