La victoire d’Angers
Présidente de la région, madame Morançais avait brutalement coupé dans les crédits à la culture. Avec le soutien de Christophe Béchu, maire d’Angers, la ville a résisté et maintenu avec succès son festival de cinéma. Les créateurs l’ont emporté sur les liquidateurs…
Contre vents et marées, la culture a prévalu. Du 17 au 25 janvier s’est tenu à Angers le festival « Premiers Plans », qui, depuis 38 ans, est consacré aux films européens, avec une compétition de premiers films venus de toute l’Europe, 2 500 cette année. Rétrospectives, avant-premières, débats avec les réalisateurs, tables rondes, lectures de scénarios, et deux thèmes à l’affiche : « Naples » et « la justice au cinéma ». En prime, Juliette Binoche et Fabrice Luchini sont venus présenter leurs films. Résultat : un grand succès public : 83 000 personnes, comme l’an dernier, année record, dont 30 000 de moins de 25 ans.
Si j’en parle aujourd’hui — précisons que je préside ce festival depuis 15 ans — c’est parce que cette victoire illustre bien la situation des manifestations culturelles dans notre pays et que j’en reviens ragaillardi. La demande de nos concitoyens pour la culture, la découverte de films inconnus, la soif de débats ne faiblit pas. L’ambiance est chaleureuse, festive. En plein mois de janvier, le public se presse dans les différentes salles, théâtres et centre de congrès (salle de 1 200 personnes) pour voir des films ensemble. Un travail très important est réalisé en amont par les professeurs, associés à la préparation de l’édition : tous les scolaires viennent apprendre le cinéma et constater la valeur des films européens.
Des coupes régionales, une mobilisation locale
Rien n’était pourtant donné. Dirigée par la vice-présidente d’Horizons, madame Morançais, la région Pays de la Loire a coupé depuis l’an dernier tous les crédits culturels, plongeant festivals, associations et institutions dans une crise difficile à surmonter. Mais la ville, dirigée par Christophe Béchu, du même parti, a tenu bon et renforcé son soutien, tout comme le CNC. Quant au département, il vient de déclarer 2026, année de la culture. Le public a été appelé à la rescousse, les mécènes individuels, 776, ont permis de compenser, en partie, les manques financiers, avec des économies drastiques et des réductions de programme.
Films primés et leçons politiques
Sur les films présentés, notons la remarquable présence des films espagnols, qui ont eu le grand prix du jury, avec « Les dimanches », qui sortira en France fin février, et dont nous reparlerons, et « Sorda », prix du public et de l’interprétation féminine, deux films originaux qui nous parlent aussi de cette Espagne si proche et si peu connue.
Que retenir de ces informations et impressions ? D’abord que nos concitoyens sont demandeurs de ces manifestations culturelles, où ils découvrent ensemble des œuvres qui les distraient, les émeuvent et les font réfléchir. Un démenti pour tous ceux qui critiquent ou méprisent la culture, non rentable, variable d’ajustement de budgets en souffrance, cette culture française et européenne dont on fait une référence, génuflexion rituelle sur les tréteaux, mais que l’on veut réduire à la portion congrue pour des raisons financières ou politiques.
Et puis constatons que les artistes, les créateurs, les jeunes sont bien là, vivants, prêts à se confronter à ce monde si menaçant. C’est un formidable motif d’espoir et un atout pour le futur de nos pays. Thomas Caillet, réalisateur du « Règne animal », et président du jury, touché par cette ferveur collective autour du cinéma, a joliment déclaré : « Si nos sociétés pouvaient ressembler à ce public, il y aurait moins de guerres, plus de bienveillance, et tout le monde irait mieux ». Mais attention ! Nous risquons là de faire de la politique…



