L’Amérique de Trump se coupe du monde

par Sébastien Lévi |  publié le 16/02/2026

Entre le retrait de grandes instances internationales et la perte de leur soft power, les États-Unis sous Trump voient leur influence dans les affaires du monde reculer fortement. Épisode passager ou déclin irréversible ?

Donald Trump va faire une annonce dans la salle Roosevelt de la Maison Blanche, le 12 février 2026. Trump abroge les réglementations américaines visant à freiner la pollution responsable du réchauffement climatique, marquant ainsi le recul le plus important de l'administration en matière de politique climatique à ce jour. (PHOTO AFP)

Donald Trump vient de sortir les États-Unis de l’OMS, d’abolir un texte les engageant à limiter les émissions de gaz à effet de serre, et a laissé expirer l’accord de désarmement nucléaire avec la Russie. Autant de signes qui traduisent le désengagement du pays des affaires du monde, et une abdication non contrainte de son leadership et de sa capacité à façonner les affaires du monde. Dans le même temps, les huées reçues par le Vice-Président JD aux Jeux Olympiques d’hiver, la chute du tourisme, une popularité qui s’effondre, illustrent la perte du plus grand atout de l’Amérique, devenue méconnaissable sous Trump : son « soft power ».

Une mesure récente symbolise presque à elle seule cet isolement volontaire résultant d’une dérive autoritaire : tout demandeur de visa aux États-Unis se doit de partager l’historique de ses réseaux sociaux pour se le voir délivrer. Il est prévu que cette mesure liberticide, que même des pays comme la Chine ou la Russie n’appliquent pas, concerne tous les visiteurs dans le pays, accentuant encore cette situation.

2026 sous le signe du paradoxe

Le paradoxe est que cette année 2026 sera l’occasion pour les États-Unis de rayonner à travers le monde, avec la célébration du 250e anniversaire du pays et la réception de la Coupe du Monde de football. Elle sera surtout l’année du doigt d’honneur de l’Amérique trumpienne au monde, comme le trumpisme était un doigt d’honneur au « système » et aux élites à l’intérieur du pays.

Cette Amérique est devenue un contre-modèle qui fait le bonheur de ses adversaires dans le monde. La Chine apparaît désormais comme un parangon de stabilité, et l’Europe, malgré ses lourdeurs, comme un îlot de démocratie et de sécurité juridique.

Les prédécesseurs de Trump avaient su utiliser le poids des États-Unis dans les institutions internationales et la puissance de son « soft power » pour imposer une Pax americana depuis 1945, et la domination américaine. Après les images glorieuses des GI’s libérant (avec les Soviétiques) l’Europe du joug nazi, le Plan Marshall et Hollywood, l’OTAN et Elvis Presley ont établi le leadership des États-Unis, avec des institutions internationales à leur main, irriguant dans le même temps l’imaginaire des sociétés du monde entier. Cette domination géopolitique, militaire, économique et culturelle a été décrite par Hubert Védrine comme l’hyperpuissance américaine. Un véritable Imperium Mundi des temps modernes.

En un an, Trump est parvenu à saboter ce leadership et à replier son pays sur lui-même, le rendant agressif et imprévisible. Le monde avait cru que la première présidence Trump avait été une aberration, un accident de l’histoire qui serait réparé et oublié. Sa réélection a été la preuve que les États-Unis ne pouvaient plus être considérés comme un partenaire fiable et constant. Elle oblige désormais ses anciens partenaires à faire le deuil de cette alliance et à trouver des alternatives crédibles et durables.

Pour Trump, il n’existe pas de deal « win-win ». Dans sa vision simpliste et caricaturale, le fait de « saigner » ses partenaires ou adversaires avec des droits de douane, l’arrêt de l’aide humanitaire ou militaire, marque la « victoire » des États-Unis et la défaite de « losers ». Il ne comprend pas que c’est une victoire à la Pyrrhus qui précipite l’isolement, l’affaiblissement des États-Unis, la fin de son leadership et potentiellement sa faillite, qui serait ainsi la 7e de sa brillante carrière…

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis