L’Amérique latine, nouvelle proie
Menaces militaires, crédits sous conditions, sanctions arbitraires … Donald Trump veut faire du Brésil, de l’Argentine et du Venezuela sa zone d’intervention privilégiée. Il y déploie sans vergogne une diplomatie du coup de force au gré de ses lubies.
Élu sur le slogan « America First », Trump mène une politique étrangère active depuis son retour à la Maison-Blanche. Parfois pour le meilleur comme en Azerbaïdjan et même à Gaza (ou toutes les questions sont loin d’être réglées), mais aussi avec un interventionnisme décomplexé, notamment en Amérique du Sud.
Au Brésil, il a augmenté les droits de douane en représailles du procès intenté à Bolsonaro pour sa tentative de coup d’État. En Argentine, à rebours de son discours isolationniste, il a accordé une ligne de crédit de 20 milliards de dollars, qu’il a conditionné à la victoire du parti de Milei aux prochaines élections législatives, illustration grossière que son aspect transactionnel se rapproche de l’extorsion pure et simple. Enfin au Venezuela, il n’a pas hésité à couler des bateaux accusés, sans aucune preuve, de transporter des trafiquants de drogue. Il a même menacé le pays d’une intervention terrestre, avant de traiter, quelques jours plus tard, le président colombien de « trafiquant de drogue ».
Trump mélange allègrement ses propres priorités idéologiques avec la politique étrangère de son pays. Sa haine de la justice le conduit à sanctionner le Brésil, et celle qu’il voue à l’État profond à sauver l’Argentine de Milei et sa tronçonneuse. Enfin, sa posture de candidat de la loi et de l’ordre le mène à s’en prendre au Venezuela au mépris du droit international. Les intérêts stratégiques des États-Unis ne rentrent pas en ligne de compte dans ces dernières décisions, qui tiennent plus des caprices d’un homme que d’une quelconque vision géopolitique.
« America First », la doctrine très malléable du trumpisme, est avant tout « Trump first ». Elle éclaire toute sa politique étrangère. Ainsi, l’accord de sécurité entre les États-Unis et le Qatar est-il une contrepartie à la pression exercée par ce dernier sur le Hamas qui a permis l’arrêt de la guerre ? Ou à l’avion offert par le Qatar à Trump, et des investissements majeurs dans le fonds de son gendre Jared Kushner ? Certainement aux deux, ce qui illustre le mélange des genres à l’œuvre. « L’art du deal » devient alors celui du bakchich…
« America First » apparait moins comme un isolationnisme et plus comme une plateforme idéologique pour imposer au reste du monde une vision illibérale de la démocratie. C’est à cet aune que l’on peut comprendre le discours très agressif de J.D. Vance à Munich, ses leçons de démocratie aux pays européens, et une injonction à tolérer les discours d’extrême-droite les plus radicaux, comme ceux de l’AFD en Allemagne.
Les États-Unis considèrent depuis longtemps l’Amérique latine comme leur chasse gardée, avec des interventions au Chili contre Allende ou au Panama contre Noriega, ou une mansuétude à l’égard de régimes autoritaires comme l’Argentine de Videla, au nom de la lutte contre le communisme. Si l’idéologie demeure présente aujourd’hui dans son approche régionale, elle est surtout éclipsée par les rancœurs ou amitiés de son président, enfant roi autant capricieux qu’imprévisible et corrompu.



