L’avenir radieux selon LFI

publié le 18/12/2025

Dans une émission diffusée par la France insoumise (*), Clémence Guetté livre au détour d’une phrase la manière dont elle envisage les premiers pas du mélenchonisme au pouvoir. Éclairant…

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Clémence Guetté, responsable de l’Institut La Boétie, le think tank de la France Insoumise, participe à un débat sur le dernier opuscule pondu par les mélenchonistes, intitulé « Nouveau peuple, nouvelle gauche ». En fin de discussion, son interlocutrice lui demande comment elle envisage le rôle de ce « nouveau peuple » en cas d’arrivée au pouvoir de LFI. « Quand on aura gagné, répond-elle, on va avoir des forces adverses, que ce soit les marchés financiers, les agences de notation qui dégraderont la note, la panique boursière, les batailles qu’il va falloir mener contre la Commission européenne, la question des droits de douane qui ne sera pas sans réactions… ».

Que fera alors le bon peuple qui aura voté pour LFI ? « Pour changer les choses, il va falloir que le peuple continue d’être dans l’action politique, dit Clémence Guetté, de là viendra notre légitimité, qui doit se prolonger, il faudra un mouvement profond dans la société, des gens qui se mobilisent ». Comme le remarque l’excellent Claude Weill, sagace intervenant sur X, ces déclarations méritent traduction. Très officiellement, en fait, La France Insoumise annonce les calamités qui s’abattront sur l’économie française si elle arrive au pouvoir, qu’elle impute non à ses erreurs mais, par construction, à la maléfique caste qui s’opposera aux bienfaisantes mesures prévues dans le programme mélenchoniste.

Marchés, notation et panique boursière annoncée

La jeune femme prévoit d’abord une réaction des marchés financiers. Il est probable, en effet, que devant les dépenses prévues par LFI et le déficit qui s’ensuivra (les Insoumis considèrent que la dette n’est pas un problème en soi et qu’on peut se dispenser de la rembourser), les agences de notation dégraderont la note de la France. Les marchés financiers, qui financent la dette française, exprimeront leur méfiance, probablement sous la forme d’un relèvement des taux d’intérêt, qui alourdira encore le poids de la dette et handicapera les moyens budgétaires du nouveau gouvernement.

Dans la foulée, Clémence Guetté annonce « une panique boursière », consécutive à ces déboires financiers. Ainsi la valeur des entreprises françaises sera brutalement revue à la baisse, ce qui ne les incitera guère à l’embauche ou à l’investissement. D’autant que le nouveau gouvernement entamera, aussitôt élu, un bras de fer avec la Commission européenne et relèvera – un peu à la manière de Trump – les droits de douane infligés aux marchandises importées, lesquels provoqueront nécessairement une réaction symétrique des partenaires commerciaux de la France.

Finances en panique, krach boursier, crise européenne, conflits commerciaux en tous genres, déficit accru, dette augmentée, incertitude sur la croissance et l’emploi : ce n’est pas une horrifique prévision publiée par tel ou tel média réactionnaire hostile à LFI. C’est ce qu’annonce très officiellement la principale collaboratrice de Jean-Luc Mélenchon, chargée de l’élaboration du programme insoumis. Nous voilà donc prévenus.

Que fera le peuple ? Il se mobilisera, dit la jeune femme, sans doute au sein de comités assemblés à cet effet dans les villes et les campagnes. S’il s’agit de faire de la propagande pour le gouvernement LFI, rien que d’anodin. Mais si le but de cette « mobilisation populaire » est plus actif, concret et énergique, danger ! LFI a dans ce domaine un modèle auquel il se réfère en permanence : celui du Venezuela de Maduro, où des « comités populaires » sont chargés de traquer les opposants et de surveiller manu militari la mise en œuvre des décisions gouvernementales. Clémence Guetté parle-t-elle d’une « mobilisation » de ce genre ? Voilà qui mériterait explication…

(*) Voir la chaîne YouTube de l’Institut La Boétie, « l’Heure du Peuple a-t-elle sonné ? », dernière intervention de Clémence Guetté.