L’axe LFI-Tondelier à l’assaut de la gauche

par Boris Enet |  publié le 25/06/2025

À la fin des années 1970, Coluche moquait le rapprochement de circonstance de Giscard et Chirac, prétendant qu’ils étaient « cul et chemise », se demandant qui était la chemise. La décision des Verts à Montpellier soulève la même question.

Le député écologiste et social de l'Hérault, Jean-Louis Roumégas s'exprime lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 11 juin 2025. (Photo de Stéphane de Sakutin / AFP)

Il va falloir s’y habituer. Les Verts français ne sont pas à une contradiction près. Formellement chantres de l’unité à tout prix, les voilà facteurs de désunion dans une ville emblématique tenue par la gauche. Aux mains des socialistes, cette place forte des expérimentations urbaines, serait donc devenue un enfer. Voici comment la caractérise Julia Mignacca, cheffe de file LFI-compatible sur son réseau social : « Depuis 1977, Montpellier vit sous l’emprise d’un PS tiède et autoritaire ». Vieux baroudeur de la vie politique locale, Jean-Louis Roumégas, député et éternel revenant, n’est pas en reste, lui qui ferraillait déjà à la fin du siècle dernier pour faire de Montpellier, la première grande municipalité écologiste. En vain.

La difficulté avec ce type d’écologistes est la dissonance entre ce qu’ils prétendent incarner et les slogans qui sont les leurs. Discrets sur l’acquis de la gratuité des transports dans toute la métropole, ou le plan mobilité-vélo faisant de Montpellier le seul grand contre-exemple urbain de la partie méridionale du pays, ils condamnent également la ZFE incitative, reprenant les arguments des populistes des deux rives et de la droite locale.

Ils sont écologistes mais à la manière de Ségolène Royal ou de Jean-Luc Mélenchon. Ainsi, l’écologie ne doit pas être « punitive » autrement dit elle doit se cantonner aux estrades, ne se heurtant à aucun intérêt pratique ou habitude de vie pour bousculer les mentalités. Ce vote interne, acquis à 68% des suffrages des 302 militants EELV revendiqués à Montpellier, n’est qu’une étape sur le chemin de Damas conduisant à la meute. C’est ainsi que le député Roumegas confie à nos confrères du Midi Libre : « On va maintenant travailler au rassemblement de l’écologie et du social ». Suivez mon regard.

Cette situation illustre la fracture de l’ensemble du spectre à gauche. Mélenchon, formellement affaibli par les révélations journalistiques, le procès de sa compagne ou ses tirades à l’emporte-pièce, conserve un atout sur ses adversaires. Il maintient une orientation, quand ses anciens partenaires du NFP en sont dépourvus. Un astre mort qui brille encore. Olivier Faure et sa garde rapprochée ne parviennent à rompre. Marine Tondelier s’est emparé de son petit parti, sans tenir compte d’une minorité en passe de rejoindre Place Publique sur la pointe des pieds, face à la dénaturation de l’identité écologiste. Même le PCF parvient à se diviser sur la possibilité de suivre les partisans de la meute à 9 mois des municipales des 22 et 29 mars prochains. Les pactes faustiens se paient toujours sur le long terme.

À Montpellier, nombre d’hommes et de femmes progressistes venus de tous horizons, se rejoindront autour de Michaël Delafosse et de ses réalisations, le moment venu, pour défendre le bilan d’une mandature. À commencer par des écologistes de la première heure.

Mais le laboratoire montpelliérain est une sonnette d’alarme. Si les partisans d’une gauche de raison sont incapables de trouver les modalités d’initiatives communes jusqu’à une refondation collective, la gauche sera à nouveau évincée en 2027. François Ruffin, les partisans de Benoît Hamon ou les purgés Insoumis trouvent le prolongement d’initiatives communes. La direction LFI et celle de Marine Tondelier voleront en noce prochainement, à l’instar du cas montpelliérain, affaiblissant les exécutifs de gauche dans les métropoles.

Empruntés dans leurs rituels annuels à Bram, la Réole ou lors de discours de la Convention, les sociaux-démocrates continuent de subir les évènements et non de les provoquer. Ils loupent ainsi l’occasion de faire revenir dans le giron de la gauche, nombre d’électeurs captés par la Macronie, effrayés par le concubinage mélenchonien. La défaite de Nicolas Mayer Rossignol au congrès socialiste de Nancy n’était pas un aboutissement, mais l’accélération d’un processus de décomposition. Le dépôt d’une motion de censure par Olivier Faure, sans politique de rechange, en est un nouveau signe. Capable de rallier les tenants de la seule protestation, à la merci de l’extrême-droite lorsqu’elle le décidera, elle aboutira à nouveau à la soumission au caudillo populiste, aux marges, et à la défaite assurée.

Boris Enet