Le Bénin pris en tenailles

par Jean-Paul de Gaudemar |  publié le 19/12/2025

La tentative de coup d’État au Bénin le 11 décembre dernier a rapidement échoué. Pour autant, il n’est pas certain que le pays échappe encore longtemps aux menaces multiples qui planent sur lui.

Capture d'écran de la Benin TV montrant des soldats du « Comité militaire pour la refondation » (CMR) apparaissant à la télévision d'État à Cotonou, après une tentative de coup d'État au Bénin, qui annoncent avoir renversé le président Patrice Talon. (PHOTO HANDOUT / BENIN TV / AFP)

Une enquête récente de Jeune Afrique révèle qu’une majorité d’habitants des pays riverains du golfe de Guinée sont attirés par les États du Sahel et leur Alliance (A.E.S.). Ce constat peut paraître paradoxal à l’heure où ces États sont la proie d’attaques djihadistes incessantes et meurtrières et où, de ce fait, les pays riverains voient arriver des masses importantes de réfugiés. Derrière ce paradoxe, on peut lire une revendication implicite de souveraineté, faisant crédit à l’A.E.S. d’avoir su chasser les derniers représentants des ex-colonisateurs. Mais on peut aussi y entendre un autre écho, celui du constat que ces pays riverains comme la Côte d’Ivoire, le Togo, le Ghana ou le Bénin, d’apparence plus démocratique, ne leur offrent pas forcément de meilleures conditions d’accueil et de vie malgré cette façade démocratique. Le récent coup d’État au Bénin en est peut-être une nouvelle illustration

Le Bénin reste en effet un allié fidèle de la France après son fiasco au Sahel et dans plusieurs autres pays africains. En toute discrétion, certaines unités de ses forces spéciales y stationnent d’ailleurs encore. Le président béninois, Patrice Talon, qui a maintenu son pays plutôt en meilleur état que ses voisins, s’est montré plus respectueux que certains de ses homologues vis-à-vis de la Constitution en ne se présentant pas pour un troisième mandat. Néanmoins, conformément à un usage désormais fréquent en Afrique, il a réussi à éliminer de la course à la présidence ses concurrents les plus sérieux pour mettre en piste son dauphin désigné. Le jeu démocratique n’est donc que très partiellement joué. Mais le danger pour le pays vient désormais plutôt d’ailleurs.

Le « couloir » de Cotonou, enjeu clé

En effet, pour le Sahel, en particulier le Niger, le « couloir » vers le port de Cotonou est essentiel car il lui ouvre les portes du commerce international pour ses minerais, dont l’uranium et désormais son pétrole, malgré le lourd contentieux avec l’entreprise chinoise en assurant l’exploitation. À cet égard, il est clair pour la plupart des observateurs que le coup d’État mené par le lieutenant-colonel Pascal Tigri a été, sinon fomenté, du moins soutenu fortement par la junte militaire de Niamey et son chef, le général Ciani. D’où les mouvements de troupes massées tout près de la frontière béninoise quelques jours avant le déclenchement du putsch. Elles se seraient certainement dirigées vers Cotonou s’il avait réussi.

Mais par ailleurs, les groupes djihadistes, notamment le JNIM, filiale d’Al-Qaïda, ont la même ambition. D’où les nombreuses incursions depuis longtemps dans le nord du Bénin et le début d’un certain grignotage territorial, ce couloir vers Cotonou apparaissant actuellement comme la voie d’accès la moins défendue. Un autre « couloir » vers le port de Lomé au Togo pourrait aussi susciter de telles tentations. Mais contrairement au Bénin, qui s’est fortement opposé au Niger depuis la prise de pouvoir par la junte, au point de fermer sa frontière, le Togo mène une politique plus ambigüe vis-à-vis des juntes sahéliennes et continue d’entretenir des relations avec elles, sécurisant ainsi, au moins partiellement, sa frontière. Pascal Tigri se serait d’ailleurs momentanément réfugié au Togo pendant sa fuite.

Une double menace, un régime fragilisé

Le coup d’État a donc échoué, faute sans doute d’avoir été bien préparé, mais aussi parce que les troupes béninoises, pourtant peu aguerries, ont très rapidement bénéficié de l’appui de l’aviation du Nigéria voisin et, plus discrètement, des forces spéciales françaises. Mais pour autant, face à cette double menace — des juntes sahéliennes d’une part, des groupes djihadistes d’autre part —, face par ailleurs à une opinion publique peu dupe de l’état démocratique réel du pays, il ne serait guère surprenant que de nouvelles tentatives de renversement d’un régime politiquement et militairement faible se produisent, voire réussissent.

Jean-Paul de Gaudemar

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