Le danger Tondelier
Elle réfléchit …. Lors de son discours à ses universités d’été, la leader des écologistes n’a pas exclu de se présenter à la présidentielle. Même si elle ne peut pas gagner, cette hypothèse révèle les errements de la cheffe des Verts qui met en danger les chances de la gauche.
Elle n’a pas froid aux yeux, Marine Tondelier. Son activisme médiatique l’a propulsée sur le devant de la scène lors de la constitution du Nouveau Front Populaire, gommant par miracle l’échec écologiste aux européennes : elle a joué de sa soudaine popularité pour s’imposer. Depuis ce temps, allez comprendre pourquoi, les médias l’apprécient et l’invitent sans relâche. Femme assertive qui paraît authentique dans ses convictions, elle surfe sur l’actualité pour asséner ses opinions tranchées sur tous les sujets. Une « bonne cliente », disent les journalistes de l’audiovisuel.
Hormis quelques militants écologistes dissidents, rares sont ceux qui rappellent ses échecs. Depuis qu’elle dirige les Verts, le recul des questions écologistes sur la scène publique n’a jamais été aussi net : loi Duplomb, zones à faible émission, Autoroute 69, menace sur les agences consacrées à l’environnement (Ademe), etc. Marine Tondelier s’en émeut parfois mais là n’est pas son combat : elle préfère consacrer son énergie à ses prises de position sur le travail, les retraites, le chômage, Gaza, Trump, ou la censure du gouvernement Bayrou. Et elle soutient, bien évidemment, la protestation du « Bloquons tout » le 10 septembre. Sauver la planète ? À cette tâche qui devrait lui revenir, elle préfère le jeu politique, jusqu’à envisager désormais de se présenter à la présidentielle. Qu’importe si elle n’a aucune chance de l’emporter, son objectif est de peser, non en faveur de l’écologie mais pour se situer au cœur de la gauche.
Là est le danger. Manipulant Lucie Castets qui, depuis l’été dernier où elle avait été choisie par le NFP comme première ministrable, croit bénéficier de la légitimité de l’union de la gauche, Marine Tondelier avance à ses côtés, comme auprès d’une bonne copine, pour se prévaloir de cette unité et s’arroger le rôle de pivot du rassemblement. Entre LFI à sa gauche et le PS à sa droite, elle se vit en honnête courtière. Elle fait venir Olivier Faure à ses côtés à Strasbourg sans exclure un accord avec LFI, en particulier lors des élections municipales où les Verts auront besoin de batailler avec l’aide de l’un puis de l’autre pour conserver leurs bastions et en conquérir de nouveaux.
Cette attitude menace le Parti Socialiste. Les écologistes étaient jusqu’ici les partenaires idéaux, la force d’appoint qui lui permettait de remporter les élections grâce à une alliance passée souvent dès le premier tour. C’est ainsi qu’à Paris, la gauche tient la mairie … depuis 25 ans. Ses divisions ayant fait perdre au PS ce leadership, c’est désormais David Belliard, candidat des Verts qui devance pour la première fois dans les sondages celui du PS, Emmanuel Grégoire. Si l’écologiste s’alliait de surcroît à la présumée candidate de LFI Sophia Chikirou, il serait assuré de prendre la tête de la gauche à Paris…
Le risque existe aussi pour la présidentielle. A touche-touche dans les sondages aux alentours de 10 % avec Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann passe devant le LFiste à condition que les autres candidats de gauche – Marine Tondelier et Fabien Roussel pour le PC – ne se présentent pas. Car avec 3% des voix pour la première et 2 % pour le second, ils priveraient Glucksmann d’une partie de ses électeurs potentiels. On se souvient de l’immense responsabilité de Christiane Taubira qui avec ses 660 000 voix en faveur de sa candidature PRG avait empêché en 2002 Lionel Jospin d’accéder au second tour de l’élection présidentielle.
On n’en est pas là mais dans la préparation de la présidentielle de 2027, la guerre des egos amène chacun à avancer sa carte personnelle sans prendre en compte les risques qu’il fait courir à la gauche. Une primaire peut-elle tout régler ? Aucun des deux favoris à gauche, Mélenchon ou Glucksmann, n’acceptera d’y participer…. La petite gauche unie choisirait donc un troisième larron, consacrant l’éparpillement des voix. Autrement dit, la gauche, pour conserver ses chances, n’a nul besoin de l’ambition présidentielle d’une Marine Tondelier.



