Le drapeau d’Oliver Faure

par Laurent Joffrin |  publié le 16/09/2025

Pavoiser les mairies de France aux couleurs palestiniennes ? On peut soutenir la reconnaissance de l’État palestinien par la France sans pour autant annexer à cette cause très politique les bâtiments de la République.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Pas très malin, Olivier Faure. Ou trop… Le jour où la France reconnaîtra l’État de Palestine, dit-il, il faudra pavoiser les mairies de France de drapeaux palestiniens. Aussitôt, polémique furieuse sur les réseaux, les uns fustigeant une proposition anti-israélienne et criant bientôt à l’antisémitisme – accusation absurde – les autres accusant les premiers de soutien au terrorisme du Hamas, position tout aussi absurde.

Au vrai, Faure aurait mieux fait de s’abstenir. Autant le soutien à la reconnaissance de la Palestine par la France est juste et n’a rien à voir avec l’antisémitisme – elle est même soutenue par une partie des Français juifs ou par l’ancien ambassadeur d’Israël en France Élie Barnavi – autant l’annexion des mairies de France à cette cause politico-diplomatique, aussi légitime soit-elle, est contestable.

Les maisons communes doivent rester communes et non se retrouver changées en support de causes partisanes. Elles symbolisent la République dans son unité civique et dans sa diversité d’opinion. Si elles paraissent en favoriser une au détriment des autres, elles sortent de leur rôle. C’est un peu comme si, lors des scrutins, elles choisissaient d’afficher la binette de certains candidats et non celle de leurs concurrents. Or, à tort ou à raison, la cause de la reconnaissance de la Palestine divise les Français. C’est un fait qu’on peut regretter (ce qui est notre cas), mais c’est un fait. Le tohu-bohu suscité par la proposition d’Olivier Faure le montre.

On dira que de nombreuses mairies ont arboré à leur fronton des drapeaux ukrainiens. Mais outre que ce n’est pas forcément une bonne idée – il y d’innombrables autres moyens d’exprimer le soutien français au peuple ukrainien – la défense de l’Ukraine recueille une approbation massive au sein de la population française, ce qui n’est pas le cas de la cause palestinienne. C’est aussi un fait.

Faure a donc été maladroit. À moins, bien sûr, qu’il n’y ait, derrière ce pas de clerc, un savant calcul politique. Inquiet de voir Mélenchon asseoir son influence dans la communauté musulmane, le premier secrétaire du PS aurait voulu lui aussi gagner des soutiens de ce côté par une proposition spectaculaire et controversée. Auquel cas nous serions face à une nouvelle manifestation du communautarisme qui contamine peu à peu une partie de la classe politique française. Alors même que les mairies de la République, vouées au service du public en général et non de telle ou telle catégorie, sont justement là pour unir les citoyens et non pour flatter leur appartenance communautaire.

Laurent Joffrin