Le énième grand soir de LFI

par Laurent Joffrin |  publié le 18/08/2025

Les Insoumis annoncent une vaste mobilisation populaire pour le 10 septembre, avec une motion de censure à la clé. Avant de leur emboîter le pas, les autres partis de gauche devraient peut-être réfléchir au coup d’après.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Selon une tradition bien établie, Jean-Luc Mélenchon nous annonce une insurrection populaire imminente, cette fois pour le 10 septembre prochain. Une initiative lancée par l’extrême-droite propose en effet à la France en colère de « bloquer tout » ce jour-là, rencontrant un certain succès sur les réseaux. Peu soucieux de « rester en arrière des masses », le leader de la France insoumise préempte le mouvement à tout hasard, pendant que le reste de la gauche est en vacances.

Jusque-là, les grands soirs annoncés par lui ont débouché sur des matinées tranquilles et la seule insurrection récente, celle des « gilets jaunes », s’est déclenchée en dehors de LFI. Mais de même que les horloges arrêtées donnent la bonne heure une fois par jour, les appels rituels des Insoumis à la révolte peuvent un jour coïncider avec l’humeur sociale du pays. Quand on annonce quotidiennement des révolutions, on est sûr d’être au rendez-vous si elles se produisent.

Cette fois, d’ailleurs, rien ne dit que ces appels au blocage resteront forcément lettre morte. Le projet de budget que François Bayrou se dispose à annoncer est suffisamment déséquilibré pour que les plus modestes, frappés au premier chef par les économies prévues, en conçoivent un juste courroux. En refusant de faire contribuer les plus riches des Français au-delà d’une obole, le gouvernement donne des verges pour se faire battre. L’essentiel des efforts demandés porte sur les classes moyennes et populaires : celles-ci ont toutes les raisons du monde de se gendarmer.

Constatant ce refus de l’opinion, les partis de gauche s’apprêtent, disent-ils, à joindre leur voix à celles du RN pour faire tomber l’équipe Bayrou par le truchement d’une motion de censure. Mélenchonistes et lepénistes veulent par principe jeter de l’huile sur le feu, visant un départ anticipé d’Emmanuel Macron. Les socialistes craignent, s’ils restent en retrait, de perdre des plumes lors des prochaines municipales. Et l’impopularité du gouvernement est telle, de toutes manières, que les opposants jouent sur du velours.

À une nuance près : qu’on prévu ces fiers opposants en cas de succès de leur motion ? On ne sait. Incapables de fournir une majorité alternative à la coalition qui dirige – ou fait semblant de diriger le pays, ils seront placés devant un nouveau Premier ministre nommé par Macron, qui devra à son tour faire passer un budget.

Rebelote ? Ce serait ouvrir une crise institutionnelle. C’est le vœu le plus cher de Mélenchon, qui parie sur le chaos pour s’imposer. Est-ce l’intérêt du pays ? Et, plus trivialement, est-ce l’intérêt des socialistes, qui risquent de devoir affronter un nouveau scrutin national, législatif ou présidentiel, sans s’être sérieusement préparés, alors que de tous côtés montent les signes d’un progrès supplémentaire de l’extrême-droite dans l’opinion. Voilà qui mérite, à tout le moins, d’y réfléchir à deux fois.

Laurent Joffrin