Le grand soir est remis à plus tard
Au grand dam des deux partis extrêmes de l’Assemblée, la discussion qui semblait dans l’impasse après le rejet de la taxe Zucman a repris avec de nouvelles concessions proposées par le Premier ministre. La culture du compromis entre peu à peu dans les mœurs politiques françaises.
Vers 18.30, Éric Coquerel prend la parole devant les journalistes au sortir de l’hémicycle. La taxe Zucman vient d’être rejetée, sous ses deux formes, « heavy », ou « light », par un vote sans appel de l’Assemblée. « Voilà bien la preuve qu’il n’y a rien à négocier avec ce gouvernement, dit le président LFI de la Commission des Finances d’un ton sans réplique. Il faut rapidement voter une motion de censure et faire partir Emmanuel Macron ». Las ! Encore raté…
Une heure plus tard, la péremptoire injonction de Coquerel est réfutée par la suite des débats. Une fois encore, LFI prédit une crise qui n’arrive pas. Une manie chez les Insoumis, dont les pronostics apocalyptiques sont régulièrement infirmés par la réalité. Il est vrai que la réalité est le dernier de leurs soucis.
Prenant la parole en cours de discussion, Sébastien Lecornu, après quelques piques décochées à ses oppositions, rouvre brusquement le jeu. Il est prêt à renoncer – partiellement du moins – au gel des pensions et des minimas sociaux ; il propose une nouvelle méthode pour continuer l’examen du budget : la réunion à huis-clos des représentants qualifiés des différents groupes parlementaires pour trouver un point moyen qui équilibre dépenses et recettes pour déboucher, espère-t-il, sur un compromis en fin de session. Adieu motion de censure, adieu démission du président. Le grand soir insoumis est remis à plus tard.
Un malin, ce Lecornu… Le Premier ministre ne paie pas de mine mais il maîtrise bien ses dossiers ; il défend ses convictions mais sait les mettre de côté pour progresser vers un accord. Ainsi, petit à petit, mais à un rythme régulier, les partis de gouvernement commencent à adapter leur comportement à la nouvelle configuration politique : dans une Assemblée sans majorité, il faut cesser d’agir en majoritaire et admettre qu’au bout du compte, le budget comportera des mesures réprouvées par les uns ou par les autres, seule solution pour éviter d’ouvrir une nouvelle crise politique.
Contrairement à ce que les extrêmes prévoyaient, la tactique socialiste garde pour l’instant sa pertinence : si l’Assemblée persiste dans la voie de la négociation, le PS pourra revendiquer les trophées dont il a besoin pour justifier sa démarche auprès de l’électorat de gauche ; les députés du « bloc central » pourront se féliciter d’avoir donné un budget au pays, serait-il bien différent de ce qu’ils voulaient. Bien sûr, l’attelage peut verser dans le fossé à tout moment, tant la distance semble encore grande entre LR rétif à tout impôt nouveau et le PS décidé à limiter les sacrifices demandés à la population.
Mais hier en fin de journée, le ton a changé : on parle discussion, conclave, concessions et non plus censure, gouvernement renversé ou président chassé de son fauteuil. La vie politique française commence à rejoindre la norme européenne, celle du compromis entre des forces à qui les électeurs n’ont pas voulu confier tous les pouvoirs. Vox populi… Qui peut au fond s’en plaindre, sinon les amateurs de bruit et de fureur ?



