Le Havre : une voie d’eau pour Édouard Philippe
En difficulté pour sa réélection au Havre, selon le dernier sondage Opinion Way, et en porte-à-faux avec Pierre-Yves Bournazel, son candidat à la mairie de Paris, qui refuse de rallier Rachida Dati, Édouard Philippe affronte des vents contraires.
Il faut prendre le sondage avec précaution parce qu’il a été commandé par Hexagone, un observatoire en lien avec l’homme d’affaires d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin. Mais il a été réalisé par l’institut OpinionWay et il est le premier à être publié depuis un moment sur la situation au Havre.
Un sondage serré à trois semaines du scrutin
À trois semaines des élections municipales, Édouard Philippe est en danger. Au premier tour, il est crédité de deux points d’avance, à 37 %, face à la liste de gauche menée par Jean-Paul Lecoq, qui inclut le PS, les Verts, le PC et Place publique. Une avance faible : avec seulement 6 % des intentions de vote, LFI ne peut figurer au second tour, contrairement au RN qui atteint 18 %. Ce qui présagerait alors d’une triangulaire où le maintien du candidat RN-UDR Franck Keller permettrait à la gauche de l’emporter avec 42 % contre 40 % à Édouard Philippe.
L’écart n’est pas assez significatif pour anticiper à coup sûr la victoire de l’un ou de l’autre. Mais une chose est certaine, l’élection d’Édouard Philippe à la mairie du Havre n’a rien d’une promenade de santé. L’enjeu est pour lui considérable, alors que l’ex-Premier ministre a quasi conditionné sa candidature à la présidentielle à sa reconduction à la mairie : « si j’échouais à convaincre les Havrais qui me connaissent, je ne serais pas dans une bonne position pour espérer convaincre les Français ».
Tensions à Paris autour de Bournazel
Les ennuis, c’est connu, volent en escadrille. Le même jour, son poulain à la mairie de Paris, Pierre-Yves Bournazel, a annoncé qu’il ne rejoindrait au second tour des municipales à Paris ni Emmanuel Grégoire ni Rachida Dati. Une prise de position mûrement réfléchie par le candidat qui se dit « libre », et qui va à l’encontre de celle du patron d’Horizons, rectifiant dans l’après-midi qu’il ferait « tout » pour « l’alternance » à Paris « avec un grand rassemblement de la droite et du centre ». Si l’on exclut l’hypothèse improbable où Rachida Dati finirait, elle, par se désister en faveur de Bournazel, la contradiction est évidente.
Elle s’explique par ce qui se joue en coulisses. Dès le 10 février, au meeting où il était venu aux côtés de Gabriel Attal soutenir Pierre-Yves Bournazel au Cirque d’Hiver, Édouard Philippe était apparu sur scène mal à l’aise. Sous la pression du très influent président du Sénat Gérard Larcher, et du président du parti Les Républicains, son ancienne famille qu’il ménage, Édouard Philippe avait demandé ce jour-là à son candidat de cesser d’attaquer Rachida Dati. Il avait en effet accepté de sceller avec les deux pontes de LR une sorte de pacte de non-agression afin de calmer le jeu en vue de la présidentielle. En échange, Rachida Dati baisserait d’un ton ses critiques, elle qui avait désigné son adversaire comme la droite « la plus bête du monde ».
Cette paix armée devait préfigurer l’esprit de la présidentielle pour laquelle Édouard Philippe espère embarquer à ses côtés une partie de son ancienne famille politique, dont Bruno Retailleau, que les rumeurs installent un peu vite à Matignon si Philippe l’emporte.
Municipales, prélude à la présidentielle
Depuis ce jour-là, l’horizon a semblé s’éclaircir pour Rachida Dati. Elle, à qui l’on connaît tous les culots, n’hésitait pas à user de tous les stratagèmes. Le premier était de faire chaque jour semblant de démissionner de son poste de ministre de la Culture pour mieux l’occuper. Or, en tête sur la liste du remaniement, elle est toujours en place alors qu’Amélie de Montchalin, partie présider la Cour des comptes, a déjà été remplacée par David Amiel (tiens, tiens… un putatif membre de la liste de Bournazel).
Aux manettes : Emmanuel Macron, qui a inexplicablement choisi Rachida Dati contre son propre camp, Renaissance, qui s’est rallié pour la plupart à Bournazel. Et accorde à celle-ci tous les passe-droits pour la favoriser… même celui de saucissonner un remaniement pourtant annoncé quotidiennement comme imminent.
La ficelle est si grosse qu’on finit par se demander de quoi a peur Rachida Dati. Elle refuse tout débat télévisé pour ne pas s’exposer devant les Parisiennes et les Parisiens, qui ont quand même le droit, avant de choisir leur maire, de savoir à quelle sauce ils vont être mangés. Et elle s’accroche à son maroquin comme si elle craignait de se noyer : peut-être lors de son procès du 10 septembre prochain, où elle n’a guère envie de comparaître sans appui si elle venait à perdre la mairie de Paris ?
Tout cela augure mal du climat des prochains mois. Et montre, s’il le fallait, à quel point l’enjeu du résultat des municipales sera crucial pour la présidentielle. Notons au passage qu’au cas où Édouard Philippe devait finalement perdre Le Havre, ce serait sous les coups de boutoir d’une gauche victorieuse qui aurait su marginaliser LFI. Une stratégie à réitérer pour la présidentielle.



