Le masque de Sarah Knafo

par Valérie Lecasble |  publié le 09/02/2026

Son allure générale séduit. Mais la campagne parisienne de cette proche d’Éric Zemmour repose sur une supercherie. Avec tous les codes du marketing moderne, elle ne peut faire oublier ses solides convictions d’extrême droite.

Sarah Knafo, eurodéputée du parti Reconquête et candidate à la mairie de Paris, lance sa campagne municipale lors d'un meeting public à Paris, le 4 février 2026. (Photo Adnan Farzat / NurPhoto via AFP)

Elle n’est pas seulement jolie, elle est aussi séduisante. Et elle le sait. À 32 ans, Sarah Knafo a adopté tous les codes de la communication moderne. Longs cheveux bruns impeccablement coiffés dont elle replace les boucles longues sur les épaules, regard de biche adouci par ses longs cils noirs, ongles rouges assortis à son rouge à lèvres, large sourire accroché à ses lèvres ouvertes sur des dents blanches éclatantes, tout y est.

Si l’on ajoute un ton ferme mais calme, on comprend pourquoi ses interlocuteurs semblent sous le charme de la compagne d’Éric Zemmour, comme Alain Duhamel, 85 ans, qui a choisi de débattre avec elle dimanche soir sur BFMTV après que la chaîne a diffusé sur elle un documentaire de 50 minutes ; que CNews lui a consacré son émission événementielle « La France en face » ; et que Gilles Bouleau l’a reçue comme invitée au 20 h sur TF1. À 12 % dans le dernier sondage sur les élections municipales à Paris, où elle a fait irruption il y a quelques semaines, son ascension est météorique. Il y a bien un phénomène Knafo à Paris.

Les codes d’une campagne « marketing »

À l’instar de Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York dont elle a emprunté les codes (mais non les idées), elle a fondé sa campagne électorale sur des promesses de vie quotidienne pour faire de Paris une ville « heureuse », et sur une couleur, le jaune, celle du soleil et de la veste qu’elle porte souvent, un clin d’œil au mouvement des gilets jaunes. Si l’on y ajoute le b.a.-ba de la communication selon lequel l’essentiel de l’opinion conservée par le téléspectateur provient de l’impression générale que laisse la personne interviewée et non de ses propos, on comprend mieux la grande supercherie Knafo.

Reconquête, Parlement européen et controverses

Qui est-elle en réalité ? Côté visible, la mascotte des médias, ou le conte de fées que nous raconte sa bande dessinée. Mais elle a dirigé en 2022 la campagne d’Éric Zemmour, président de Reconquête, condamné quatre fois pour provocation à la haine, injure raciale et contestation de crime contre l’humanité. Elle ose pourtant affirmer qu’elle se sent injuriée quand on la dit d’extrême droite, « une insulte qui la blesse ». Pour quelle raison alors, députée européenne, siège-t-elle au Parlement européen dans le groupe Europe des Nations souveraines (ENS), qui inclut la dangereuse AfD allemande ? Et pourquoi défend-elle les politiques les plus nationalistes, souverainistes, anti-immigration et anti-européennes qui soient ? Rappelons qu’elle s’est fâchée avec Rachida Dati pour lui avoir reproché d’appeler sa fille Zohra ! Erreur de jeunesse, dit-elle…

Il faut bien écouter ce que dit Sarah Knafo quand elle se réjouit que les États-Unis de Donald Trump aient réussi, selon elle, le fabuleux exploit d’expulser trois millions d’immigrés. Vérification faite, c’est faux, puisque le rythme annuel se situe aux alentours de 267 000 par an. Il faut aussi décrypter ses paroles quand elle promet dix milliards d’économies à Paris… en mettant bien du temps à préciser qu’il lui faudra dix ans, soit, dit-elle, la durée de son mandat, alors que celui du maire de Paris est de… six ans.

Une image polie, des failles relevées

Tout sonne faux chez Sarah Knafo. Elle peine à cacher son impatience quand ce n’est pas à son tour de parler et laisse échapper malgré elle des signes d’agacement. Avant de se planter magistralement sur le prix du Pass Navigo qu’elle évalue à 50 euros par an au lieu des 998 euros réels. Candidate à Paris, elle ne connaît le nom d’aucun des joueurs du PSG ni d’aucun des matches auxquels l’équipe va participer. Comme si elle n’avait jamais pris le métro ni mis les pieds au Parc des Princes. Que connaît-elle de la vraie vie des Parisiennes et des Parisiens ? « Laissez-moi le temps, j’ai encore des choses à apprendre », plaide-t-elle. La première serait d’arrêter de nous cacher son vrai visage : celui d’une candidate de l’extrême droite la plus dure, qui a choisi d’utiliser la campagne municipale pour polir son image.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique