Le patron de la FED se révolte contre Trump

par Sébastien Lévi |  publié le 14/01/2026

Dans un message sans précédent, le président de la Banque centrale américaine a dénoncé un nouvel abus de pouvoir de Trump. Le monde des affaires peine à comprendre la gravité du moment.

Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine, à Washington, D.C., le 10 décembre 2025, et Donald Trump, président des États-Unis, à la Maison-Blanche, à Washington, le 9 janvier 2026. (PHOTO SAUL LOEB / AFP)

Vendredi 9 janvier, la Justice américaine a lancé une enquête contre Jérôme Powell, le président de la Banque fédérale américaine (FED), autour de la légalité des travaux de rénovation de l’institution. Ces accusations – largement fantaisistes – portent la marque de Trump, ses obsessions de son modus operandi habituel avec ses adversaires : la vengeance, la volonté de toute-puissance et le passage en force par la menace et le mensonge.

C’est Trump lui-même qui avait nommé Powell en 2017, avant que Biden ne le reconduise. Mais Trump est fortement agacé par Powell qui refuse de baisser aussi vite et fort les taux d’intérêt qu’il le souhaiterait. Cet agacement est public et répété à l’envi, alors que la Banque fédérale est indépendante. C’est dans ce contexte que Trump et Powell ont visité ensemble, l’été dernier, l’immeuble de la FED en travaux, qui a été l’occasion pour Trump de mentir sur leurs coûts pour affaiblir Powell, qui l’a alors publiquement contredit, ce qu’aucun interlocuteur ne se permet de faire à ses côtés habituellement.
Trump veut donc la « peau » de Powell pour des raisons de fond et de vexation personnelle, et il a décidé pour cela de lancer à ses trousses le FBI. Cette manœuvre est d’autant plus ridicule et minable que Powell doit quitter son poste en mai. Mais au-delà du fait que Trump est consumé par la vindicte, il envoie aussi un signal très fort au successeur de Powell, lui signifiant qu’il ne sera qu’un pantin destiné à lui obéir.

Un message sur l’indépendance de la FED

C’est ce message que Powell a voulu contrer en prenant à partie l’opinion publique américaine, rappelant l’indépendance de la FED, moins pour lui que pour son successeur et pour la postérité. Son message rappelle celui qu’avait laissé par Eisenhower. Dans son discours d’adieu, le président des années cinquante mettait en garde les Américains contre le complexe militaro-industriel qui perturbait déjà la vie politique américaine et dont il anticipait la nocivité croissante.

Sobre, sans esbroufe mais implacable, la vidéo de Powell a été vue par 80 millions de personnes dans le monde. Elle rappelle que la démocratie américaine repose sur l’existence de contre-pouvoirs opérants. Sa viralité, qui souligne en creux l’absence ou l’impuissance de ces derniers, est une accusation terrible contre les membres du Congrès, les juges de la Cour suprême, certains médias qui se couchent devant Trump, mais aussi le monde des affaires. Celui-ci est soumis à Trump et il est avant tout obsédé par les baisses d’impôts et la dérégulation. Il est incapable de comprendre que la descente des États-Unis vers l’autocratie et l’absence de règles finira, au-delà des problèmes moraux, par mettre en péril la prospérité économique du pays, et d’abord la stabilité d’un dollar soumis aux influences politiques.

Jerome Powell pourrait et devrait aussi inspirer les dirigeants européens, alors que Trump menace de prendre de force le Groenland. Face à un caïd vengeur et colérique, la force tranquille est la seule réponse possible. Triste époque que la nôtre, où un banquier est plus courageux que les dirigeants politiques des démocraties libérales.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis