Le plan Trump : mieux que rien

par Laurent Joffrin |  publié le 01/10/2025

Les propositions du président américain sont incomplètes et souvent floues. Mais l’autre solution, c’est la poursuite de la guerre…

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

On peut bien sûr trouver tous les défauts de la terre au plan de paix à Gaza proposé par Donald Trump. Parmi les vingt mesures énumérées par le président américain, les critiques constatent l’absence d’un calendrier contraignant de retrait pour l’armée israélienne et le refus d’un retour de l’Autorité palestinienne au profit d’une administration civile encore floue. Ils notent que le « Conseil de la paix » prévu dans le plan pour superviser l’administration de Gaza est présidée par Donald Trump lui-même, et comptera parmi ses membres l’ancien Premier ministre Tony Blair, ce qui lui donne un parfum colonial qui rappelle les temps reculés du mandat britannique sur la Palestine.

Enfin, le principe d’un futur état palestinien, tel que reconnu par la France et quelques 150 pays est évoqué sous une forme floue et incertaine. Le document exprime seulement l’espoir d’« une voie crédible vers l’autodétermination et la création d’un Etat palestinien, que nous reconnaissons comme étant l’aspiration du peuple palestinien ». Enfin le texte n’évoque pas le sort de la Cisjordanie occupée. À ces objections légitimes, il y a une réponse simple, imposée par la triste réalité : les choses étant ce qu’elles sont, une mauvaise paix vaut mieux qu’une bonne guerre.

Personne ne peut se gendarmer devant les clauses qui permettent l’arrêt des combats : cessez-le-feu dès l’acceptation du plan par le Hamas, qui préserve ce qui reste de la population de Gaza ; retour des otages en échange de la libération de prisonniers palestiniens ; amnistie des combattants Hamas et possibilité pour eux de quitter Gaza une fois les armes déposées ; garantie que « personne ne sera contraint de quitter Gaza », ce qui écarte l’épuration ethnique envisagée par la droite israélienne ; démilitarisation de l’enclave et mise sur pieds d’une force internationale de stabilisation qui prendrait la suite de l’armée israélienne.

En acceptant le plan, dit-on, le Hamas signerait une forme de reddition. Et alors ? S’en inquiéter, c’est travailler pour lui. C’est surtout oublier que l’organisation terroriste porte une responsabilité écrasante dans le conflit, que le pogrom barbare du 7 octobre, traumatisme historique pour les Israéliens, a aussi conduit à l’abîme le peuple de Gaza et qu’au bout du compte, le Hamas a perdu la guerre, ce qu’il serait avisé de reconnaître, à la fin des fins.

Et surtout, le plan Trump a un principal mérite : il est le seul à exister. Qui d’autre est aujourd’hui en mesure d’imposer un règlement au conflit ? L’autre branche de l’alternative, qui prévaudrait en cas de refus du Hamas, c’est la poursuite indéfinie de la guerre et la prolongation barbare du martyre des Gazaouis. Qui aurait, en dehors des fanatiques, le front de proposer cette voie de souffrance et de violence ? Peut-être s’apercevra-t-on, au bout du compte, que la voie de la lutte armée n’a fait jusqu’à présent qu’attirer des malheurs de plus en plus grands sur la population de Gaza et de la Cisjordanie. C’est pourquoi, comme le dit Hubert Védrine – ce qui est aussi la position du secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres ou encore celle du pape Leon XIV – « le plan Trump est un fil ténu qu’l faut tirer ».

Laurent Joffrin