Le progrès du budget européen
La présentation de l’avant-projet de budget de l’UE pour l’exercice 2028-2034 a provoqué de l’urticaire chez ceux qui, sans pouvoir l’assumer, s’efforcent de saper la maison commune de l’intérieur.
Le cortège des contempteurs de l’Union fait masse. D’abord l’extrême-droite. Ils ont toujours été contre l’Union, contre l’euro, contre la BCE. Viennent ensuite ceux issus de la gauche qui défendent un national-souverainisme étriqué. Puis arrive la cohorte des politiciens jaloux des prérogatives nationales et des prébendes qui vont avec, sentant qu’elles leurs échappent. Ceux-là peuplent les rangs d’un PPE (Parti Populaire Européen) qui, sous la houlette de Manfred Weber, n’hésite plus à voter avec les Bruns. Enfin, les lobbies, officiels ou masqués, agricoles, industriels ou financiers ferment la marche. Et cependant malgré eux, l’Union avance.
2 000 milliards, c’est trop, disent les uns quand d’autres prétendent, sans rire, qu’il n’y a pas d’augmentation réelle parce qu’avec le budget précédent de 1200 milliards, il faudrait comptabiliser les 800 milliards de l’emprunt commun. Certains exécutifs nationaux sont envieux des compétences qu’ils ne sont pourtant plus en mesure d’exercer. Qu’aurait pu faire chaque État membre face aux droits de douane de Trump ? Et les quelques 242 régions ont tendance à considérer les fonds structurels comme un puits sans fond. Or, le budget résulte de compromis coconstruits à la faveur d’avancées, souvent, et de reculs, parfois. Dès lors, le critère d’appréciation se confond avec la réponse à une question simple, veut-on plus d’Europe avec une affirmation fédérale de la Commission ou à l’inverse moins d’Europe, voire plus d’Europe du tout.
Le volume des dépenses est manifestement en nette augmentation, serait-elle insuffisante. Lorsqu’il s’agit de frapper fort pour lutter contre une pandémie ou la guerre de Poutine, voire celle de Trump, l’intendance doit suivre. Pour rappel, l’UE à 27, produit 21,7 % du PIB mondial, derrière les Etats-Unis – 24 % – et devant la Chine – 15%. On ne parle pas d’une principauté d’opérette.
Les engagements, eux, sont actés par décision conjointe de la Commission qui propose, du Conseil et du Parlement. Une architecture institutionnelle complexe et coûteuse, mais dont la réforme globale ne sera pas engagée dans le contexte géopolitique actuel sauf peut-être sur les majorités qualifiées empêchant l’obstruction de Viktor Orban ou d’autres futurs apprentis maîtres chanteurs.
La ligne directrice d’Ursula von der Leyen consiste à regrouper en grandes missions ce qui était jadis éclaté en dizaines de programmes. Les États aussi le souhaitaient, mais cela fait grincer les dents jusque dans les rangs de la majorité. La Présidente évoque avec raison l’efficacité et la flexibilité. Ses opposants campent sur leurs « acquis » reconductibles. Ainsi, la transition écologique, que droite et extrême-droite ont tenté de vider de son contenu, est remise au centre avec 410 milliards et même 700, selon Stéphane Séjourné, si l’on prend en compte toutes les actions pour le climat.
Les fonds destinés à la Politique Agricole Commune suscitent la levée de fourches dans les campagnes. Moins – 300 milliards contre 385 – mais mieux dans une enveloppe conjointe avec la cohésion. Les lobbies agricoles craignent les élargissements et la modernisation des outils de production – la taille moyenne des exploitations n’est que de 170 hectares par exemple en France. Quant aux régions, Bruxelles semble favoriser une redéfinition territoriale de leur périmètre sur la base de la norme médiane européenne – Allemagne, Italie, Espagne… – sans quoi la subsidiarité n’a guère de sens. Le Comité des régions s’en émeut. Paris parmi les grands États est sur ce point en porte-à-faux.
Enfin, l’Union « hybride » avec une dimension héritée du confédéralisme d’antan est encore tributaire du fameux « I want my money back » de Margaret-Thatcher. Plusieurs des gros contributeurs positifs, dont Berlin et Rome, exigent une ristourne automatique C’est à l’honneur de Paris de ne point y prétendre. Ce manque à distribuer vers des territoires moins bien lotis n’est justifié, ni du point de vue de la solidarité, ni en vertu de l’homogénéisation des « conditions générales de la production », ni même pour les retombées économiques que procure ce type de soutien à l’activité.
À ce stade, avant l’entrée dans le vif du sujet, les grands équilibres du futur budget européen marquent donc bien un progrès, fût-il fragile.



