Le projet Bayrou est cohérent. Est-il juste ?
La suppression de deux jours fériés, et le flou entretenu par le Premier ministre sur la contribution solidarité et la lutte contre l’optimisation fiscale des plus fortunés, sont des provocations qui scandalisent les oppositions. Bayrou tiendra-t-il ses positions ?
A force de marteler que François Bayrou était un bon à rien qui laissait la France s’engluer dans l’immobilisme, on avait fini par le croire. Pourtant, quoi qu’on pense du projet de budget qu’il a présenté pour désendetter la France, force est de reconnaître que le Premier ministre ne l’a pas construit à la légère. C’est au contraire un travail approfondi qu’il a présenté aux Français en donnant rendez-vous aux partis politiques à la rentrée pour en discuter. La pluie de critiques qui s’est abattue sur le projet – du Rassemblement national jusqu’à l’ensemble de la gauche – n’empêche pas une certaine cohérence générale où, comme François Bayrou l’avait promis, toutes les catégories de Français sont appelées à faire un effort.
Récapitulons. L’Etat est le premier visé avec une économie évaluée à 10 milliards d’euros grâce à la conjonction de trois vraies mesures : la suppression de 3 000 postes, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois qui part à la retraite et le grand ménage promis aux agences de tout poil qui après fusions et suppressions réduiront le train de vie de l’Etat de 1000 emplois.
Les collectivités locales contribueront, elles, pour 5 milliards grâce à une rétrocession de recettes fiscales de 2025, à des dépenses en moindre augmentation que prévu et à une meilleure gestion du patrimoine de l’Etat. L’année blanche qui gèle à leur niveau de 2025 l’ensemble des aides sociales, le point d’indice des fonctionnaires et les pensions des retraités, rapportera 7 milliards. Et si l’on ajoute les efforts consentis par la Sécurité sociale, soit la chasse aux arrêts maladie, la « responsabilisation » des malades de longue durée et les franchises de médicaments, ce sont au total 22 milliards d’euros de dépenses publiques qui seront économisés en 2026.
Une trajectoire qui réjouit le patronat, Medef et CPME, qui voient là des avancées utiles à la remise d’équerre des finances du pays. Leur satisfecit est un risque : qu’en face, la gauche s’indigne que l’on ne fasse pas peser davantage l’effort du pays sur les plus riches. La suppression de deux jours fériés, le 8 mai et le lundi de Pâques, pour que les Français travaillent davantage, prend dans ce contexte, l’allure d’une provocation, tant elle est à rebrousse-poil des idées que défend la gauche.
Et que dire de la partie fiscale, celle de la hausse des impôts, où l’essentiel reste flou. On sait que le gel du barème de l’impôt sur le revenu touchera 380 000 ménages mais lesquels, tandis que la forfaitisation de l’abattement fiscal de 10 % impactera les retraités les plus aisés, et que l’Etat espère récolter quelques milliards supplémentaires de la lutte contre la fraude fiscale.
On imagine aussi que les 3,4 milliards d’euros attendus de la suppression de certaines niches fiscales comme les emplois aidés à domicile, touchera les ménages-employeurs qui ont les plus gros revenus. Mais on ignore pour l’instant ce que vont payer les plus fortunés et de quelle façon ils vont contribuer à l’effort collectif. Que contiennent les 4,4 milliards d’euros d’une « équité fiscale » répartie entre la contribution de solidarité et la lutte contre l’optimisation fiscale abusive ? Là réside le nerf de la guerre, qui permettra de juger du caractère juste ou non du projet que revendique François Bayrou alors qu’ Olivier Faure dénonce l’absence de taxe Zucman sur les plus hauts patrimoines, pourtant votée au Parlement.
Un flou qui empêche de savoir si François Bayrou a la moindre chance d’éviter la censure de son gouvernement à l’automne. Philippe Brun, le vice-président socialiste de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, semble lui laisser un léger sursis quand il assure qu’ « en l’état » , le budget est inacceptable. Les partis politiques ont en effet l’été pour travailler avant de se retrouver en septembre sur un projet définitif qui leur sera proposé début octobre. D’ici là, ils ont le temps de ferrailler pour détricoter ce qui a été fait.



