Le PS au coeur de la recomposition politique
En obtenant le vote de 168 députés contre 140 en faveur d’une hausse de 9,2 % à 10,6 % de la CSG sur le capital, le négociateur socialiste du PLFSS amorce une recomposition de la vie politique française, où les extrêmes pourraient devenir raisonnables et les modérés s’entendre.
Faute d’un grand accord global entre partis politiques qui s’accrochent à leur identité, la discussion budgétaire va-t-elle peu à peu favoriser la recomposition politique que certains appellent de leurs vœux ? Si elle devait un jour advenir, l’amendement déposé par Jérôme Guedj fera date comme celle d’une étape symbolique dans sa direction.
Le député de l’Essonne, qui négocie pour le Parti socialiste le Projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) a en effet obtenu le vote d’une majorité de députés en faveur d’une augmentation de 1,4 point de la CSG sur le capital, de 9,2 à 10,6%. Cette disposition qui s’appliquerait à certains revenus de l’immobilier, de l’épargne et de placements (assurance-vie, actions, dividendes, épargne logement ou salariale), rapporterait 2,5 milliards d’euros en 2026, soit de quoi à la fois financer la suspension de la réforme des retraites jusqu’à l’élection présidentielle de 2027, et dégager 1 milliard d’euros pour les hôpitaux qui en ont le plus grand besoin.
Si la droite unanime l’a rejeté, des LR au RN en passant par Horizons, l’amendement a pu être adopté grâce aux voix de toute la gauche et de nombreux macronistes, du Modem et de Renaissance. Résultat : 168 députés contre 140 l’ont voté, apportant au Parti socialiste une deuxième victoire politique qui vient s’ajouter à celle, déjà symbolique, de la suspension de la réforme des retraites.
Une majorité de circonstance PS-macronistes
La mesure n’a rien de révolutionnaire en soi : quoi de plus banal qu’une hausse de la CSG ? Mais elle porte peut-être en elle les prémices d’une recomposition politique : celle de l’alliance des forces modérées contre les extrêmes pour permettre au budget d’être voté. Puisque la taxe Zucman, qu’elle soit light ou pas, avait été rejetée, il devenait impératif que la gauche obtienne d’une autre manière de quoi financer la suspension de la réforme des retraites. Va pour une hausse modérée de la CSG sur les revenus financiers ! Malgré les réticences initiales de la gauche de la gauche (LFI et certains écologistes) qui trouvait la mesure non significative et les moues dubitatives des macronistes qui y voyaient ce qui ressemble fort à une hausse d’impôts, Jérôme Guedj a trouvé la voie de passage, étroite et raisonnable.
« Ce qui a été voté n’est pas une hausse de la fiscalité (…) mais la possibilité d’en débattre jusqu’à la fin du processus budgétaire », a martelé la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, comme pour s’excuser de ce coup de canif dans la sacro-sainte politique de l’offre qu’elle défend à la demande d’Emmanuel Macron.
Pour les socialistes, c’est tout bénéfice tant cette hausse de la CSG coche la plupart de leurs cases. Elle taxe le capital et non le travail. Et ils ont beau jeu de rétorquer à Laurent Wauquiez qui leur reproche d’avoir taxé l’assurance-vie et les PEL, soit les classes moyennes plutôt que le haut patrimoine et à Jean-Philippe Tanguy qui veut protéger l’épargne des classes populaires, que les LR et le RN n’avaient qu’à voter la taxe Zucman s’ils voulaient réserver aux plus riches l’augmentation de leurs impôts. Puisque la droite refuse que ce soient eux qui paient, il faut bien donc que cela soit les autres… CQFD.
Ensuite, Jérôme Guedj peut se féliciter avec Philippe Brun de renflouer les hôpitaux dont le personnel est au bout du rouleau depuis que les 35 heures ont désorganisé leur travail.
Surtout, le PS impose, cette fois encore, son chemin et sa volonté. Il oblige LFI à mettre de l’eau dans son vin pour le suivre, et obtient des macronistes qu’ils lâchent enfin du lest sur leur doctrine anti-impôts, au nom de l’intérêt général.
Bien sûr, cette avancée n’empêchera pas le Sénat de tout chambouler et chacun sait que les mesures votées aujourd’hui ne seront pas forcément, loin de là, les décisions prises demain. Mais dans la politique des petits pas que conduit Sébastien Lecornu pour trouver la voie d’un vote du budget, les socialistes viennent de lui apporter un sérieux coup de main. À croire que malgré leurs menaces incessantes de censure, ils cherchent eux aussi à montrer leur esprit de responsabilité. Et convergent avec lui pour essayer d’obtenir le vote du budget.



