Le référendum de trop pour Meloni ?
À Rome, la réforme de la justice voulue par Giorgia Meloni dépasse le débat technique : cet affrontement institutionnel majeur pourrait redessiner l’équilibre des pouvoirs en Italie. À quelques semaines du référendum, l’enjeu est devenu éminemment politique.
On imagine Giorgia Meloni, assise devant l’un des miroirs baroques du Palazzo Chigi, s’interrogeant sur l’avenir, et plus précisément sur le sien. Après trois années d’exercice du pouvoir, la cheffe du gouvernement italien se trouve à un moment charnière. Le référendum constitutionnel approche, tandis que résonne encore l’écho de ses revers sur la scène internationale. Longtemps présentée comme l’une des figures européennes du trumpisme, elle partage désormais avec le président américain l’image d’un leadership fragilisé.
Les électeurs sont appelés à se prononcer sur plusieurs réformes concernant la magistrature : la séparation des carrières entre procureurs et juges d’instruction, la création de deux Conseils supérieurs de la magistrature distincts et l’instauration d’une Cour de justice partiellement tirée au sort. Telles sont les propositions défendues par l’exécutif en vue de la consultation des 22 et 23 mars. L’opposition votera « non ».
Gratteri, Nordio : l’escalade verbale
Il y a encore peu, le débat semblait se dérouler dans un climat globalement apaisé. Mais la situation s’est tendue après les déclarations de Nicola Gratteri, magistrat antimafia placé sous protection depuis trente-sept ans. À 67 ans, il a exprimé un rejet sans ambiguïté de la réforme, assorti de formules particulièrement offensives : selon lui, ceux qui voteraient « oui » seraient « des délinquants, inculpés, des francs-maçons déviés ou des relais du pouvoir ».
Ces propos ont provoqué une vive réaction du camp du « oui », qui a abandonné son positionnement technique pour entrer dans une opposition politique plus frontale. Le ministre de la Justice, Carlo Nordio, a dénoncé les « courants » qui gangrèneraient la magistrature, affirmant que « sans parrain, on ne fait pas carrière », et évoquant un système qu’il juge « para-mafieux ».
Giorgia Meloni, pour sa part, a choisi de déplacer le débat. Elle a accusé certains juges de faire obstacle à la lutte contre l’immigration clandestine, laissant entendre l’existence de complicités idéologiques entre magistrats et défenseurs des migrants.
Mattarella, un arbitrage sous tension
Les risques sont multiples. D’abord, celui de mobiliser l’électorat hostile à Meloni. Ensuite, celui de transformer le référendum en prélude aux législatives de 2027. Enfin, celui d’entraîner le président de la République, Sergio Mattarella, sur le terrain du débat. Mercredi soir, en sa qualité de président du Conseil supérieur de la magistrature, il a appelé à préserver la Constitution. Une prise de position lourde de sens, qui le place de facto en opposition à la cheffe du gouvernement.
Pour Giorgia Meloni, la séquence est délicate. Fragilisée à l’international par son image de dirigeante « trumpienne », elle se retrouve désormais contestée sur le plan intérieur. Le référendum, conçu comme une réforme technique, pourrait bien devenir un test politique majeur.



