Le songe de Mélenchon

par Laurent Joffrin |  publié le 03/02/2026

Tendre est la nuit de ce printemps 2026. Douillettement allongé sur son lit, l’Internationale jouant en sourdine, Jean-Luc Mélenchon dort, emporté au loin par un rêve merveilleux.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Un sourire bienheureux sur les lèvres, le chef LFI vit en imagination l’année qui le sépare de la présidentielle. C’est un songe chatoyant, où tout se déroule selon ses désirs. Premier tableau : dans les municipales en cours, nombre de ses candidats, à force de dénonciations, de promesses démagogiques et de diatribes antisocialistes, atteignent la barre des 10% des voix. Au même moment, les sous-marins qu’il a introduits chez les Verts ont jeté le désordre dans la boutique de Marine Tondelier, affaiblissant d’autant les concurrents de LFI.

Entre les deux tours, il donne l’ordre à ses candidats de se maintenir partout, quelle que soit la situation. Ainsi dans nombre de villes, privées de tout renfort, les listes de la gauche démocratique sont dépassées par la droite ou l’extrême-droite. À Paris, à Lille, à Lyon, la droite chasse la gauche de la mairie. À Marseille, la liste Delogu présente au second tour permet au RN Franck Allisio de battre le socialiste Benoît Payan. Le même schéma se reproduisant un peu partout, la droite et surtout l’extrême-droite triomphent, tandis que la gauche n’est plus qu’un champ de ruines d’où émerge une seule force : la France insoumise.

La campagne présidentielle aussitôt lancée, les socialistes ont la brillante idée d’organiser une primaire avec les écologistes et les anciens dissidents de LFI. Sans Glucksmann, Mélenchon, Cazeneuve, Hollande ou Roussel, cette primaire peau de chagrin n’attire pas grand monde. Mélenchon saute sur l’occasion : en donnant à ses troupes la consigne de participer et de voter pour le plus à gauche, il fait pencher la balance dans le sens qu’il souhaite. La primaire désigne contre le PS un candidat de la gauche radicale. C’est ensuite un jeu d’enfant pour Mélenchon d’expliquer que le vrai candidat de la rupture, c’est lui. Son concurrent issu de la primaire se retrouve privé d’air, tout en empêchant une autre candidature plus crédible d’émerger.

Pendant ce temps, la droite et le centre se déchirent autour de candidats affaiblis et divisés, tandis que l’extrême-droite mène une campagne sereine et rassurante. Ainsi le premier tour de 2027 fait l’effet d’un coup de tonnerre. Face à un RN conquérant, Jean-Luc Mélenchon, surpasse ses rivaux de droite et de gauche par son talent oratoire et son habileté tactique et se retrouve qualifié d’un cheveu pour le second tour.

Le résultat est écrit d’avance : face à une gauche représentée par sa fraction la plus radicale, les électeurs de la droite et une partie de ceux du centre rallient la candidature d’un RN dont le discours apaisant facilite l’opération. Ainsi la droite nationaliste, appuyée sur l’escabeau Mélenchon, fait son entrée à l’Élysée avec un score de 60%.

Faut-il s’en désoler ? Mélenchon connaît la réponse : protagoniste de l’entre-deux-tours, le leader LFI a capté l’attention de la France et du monde ; il a réduit ses adversaires de gauche à presque rien ; il a porté LFI à 40% des voix – faites mieux ! se dit-il in petto ; il apparaît, surtout, comme le seul combattant encore debout face au fascisme en marche, un rôle à sa mesure. En somme, tout s’est passé comme prévu. La vie politique se résume à un duel RN-LFI. Bercé par cette chatoyante anticipation, il peut dormir tranquille.

Laurent Joffrin