Le terrifiant pouvoir des narcos
Les événements du Mexique, où les cartels de la drogue défient désormais l’État lui-même, doivent conduire à une prise de conscience de ce côté de l’Atlantique : le processus sud-américain a commencé aussi en France.
L’armée a donc été déployée à l’ouest du Mexique pour contenir la sanglante réaction du cartel de « Jalisco nouvelle génération », après que son chef Nemesio Oseguera, dit « El Mencho », a été tué dans une opération menée par la police mexicaine. Quelque 25 membres de la garde nationale, ainsi qu’un agent de sécurité et un fonctionnaire du parquet, ont été assassinés par les mafieux ; les routes ont été coupées, nombre de voitures et de commerces ont été incendiés. En retour, trente membres du cartel ont été tués par les forces de l’ordre et la présidente Claudia Sheinbaum a assuré que son gouvernement allait reprendre le contrôle de la situation, qui l’a obligée à envoyer l’armée de l’État combattre l’armée privée des narcos. Laquelle compte des centaines de « sicarios » – des tueurs, souvent très jeunes – lourdement armés, qui pratiquent à grande échelle l’exécution sommaire et la torture.
Riches à milliards, les cartels ont constitué au Mexique, comme en Colombie et dans d’autres pays voisins, une sorte d’État dans l’État qui contrôle les ports, les voies d’approvisionnement, corrompt policiers, juges, hommes politiques et en vient à défier militairement le gouvernement élu, illustrant la puissance sans cesse croissante des narcotrafiquants.
Un processus de criminalisation en France
Tout cela est lointain et exotique, dira-t-on, et la France n’est pas le Mexique. Juste remarque : en effet, nous sommes loin de ce paroxysme sud-américain. Mais on ne saurait se rassurer pour autant. La montée en puissance des cartels, de plus en plus internationalisés, est un processus et non un état stable. Sous cet angle, il faut se rendre à l’évidence : le même processus de criminalisation a commencé en France.
Le trafic de cannabis, de cocaïne, d’héroïne et bientôt de fentanyl, ce produit de synthèse dix fois plus addictif que l’héroïne, génère déjà des profits immenses. Forts de leurs énormes réserves financières, les trafiquants ont commencé à recruter en France des milices aux méthodes implacables, à corrompre des dockers, des douaniers, des policiers, et bientôt des juges et des greffiers. Leurs réseaux, au départ confinés dans les quartiers pauvres des grandes villes, s’étendent maintenant aux agglomérations de toutes tailles, élargissant sans cesse leur marché et livrant à intervalles réguliers de sanglantes batailles de territoires entre gangs rivaux.
Répression et prévention, un équilibre à trouver
Ni la droite ni la gauche n’ont encore pris la mesure du problème, même si les pouvoirs publics commencent à réagir. La première appelle à une répression plus forte, mais elle oublie que la « guerre à la drogue » lancée aux États-Unis il y a plusieurs décennies a échoué à éradiquer le phénomène, plus virulent que jamais. La seconde en tient pour la prévention, chose utile, mais qui ne saurait à elle seule faire reculer les narcos en pleine expansion.
C’est évidemment l’énergique combinaison des deux politiques qui peut contenir cet incendie, qu’on doit combattre, tel un feu de forêt, avant qu’il ne prenne une ampleur incontrôlable. Mais pour se hisser à la hauteur du danger, il y faut une prise de conscience nationale, qui s’étende à toute la société. De toute évidence, nous n’y sommes pas.



