Le trou de souris de Hollande s’élargit

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 06/01/2026

L’ancien président bénéficie de l’effacement de ses concurrents à gauche et, surtout, de sa stature d’ex-chef de l’État expérimenté en période d’extrême tension internationale.

Le député du parti Socialistes et Apparentés, François Hollande, à l'Assemblée nationale, le 4 décembre 2025. (Photo : Thomas Samson / AFP)

Voilà près de neuf ans qu’il ronge son frein, malheureux d’avoir dû tirer sa révérence à l’issue de son mandat et frustré de voir son ancien protégé, Emmanuel Macron, aux manettes depuis 2017. Patiemment, il a attendu son heure, espérant qu’un concours de circonstances le ramène sur le devant de la scène. Nous y voilà.

Il y a évidemment l’extravagante et inquiétante actualité internationale. Depuis la réélection de Donald Trump, et particulièrement depuis le passage à l’acte du président américain au Venezuela, le monde a peur. Quels seront les prochains actes de ce chef d’État ivre de son pouvoir, qui annonce lui-même ses prochaines cibles, le Groenland, la Colombie, Cuba, l’Iran ? Jusqu’où ira-t-il pour imposer ses quatre volontés ? L’Europe, tétanisée, peine à exister. Et la France, ce « petit cap du continent asiatique » décrit par Paul Valéry, à qui les chefs militaires parlent de guerre imminente, craint pour la vie de ses enfants.

Dans ce contexte, qui ne peut que s’aggraver, élit-on un président de la République sans aucune expérience du pouvoir ? Les favoris des sondages – Jordan Bardella à l’extrême-droite et Raphaël Glucksmann à gauche – ne sont-ils pas un peu jeunots pour qu’on leur confie les clefs du feu nucléaire ? Soudain, leur « fraîcheur », longtemps un atout, peut se retourner contre eux. Et favoriser le retour de valeurs sûres, déjà frottées aux épreuves extérieures, au bilan international plus qu’honorable, comme un certain… François Hollande.

Hollande reprend la parole face à Trump

Prenant la parole le 6 janvier au matin sur France info, l’élu de Corrèze a clairement condamné la violation du droit que constituait la capture de Maduro, au Venezuela, encourageant l’Europe à se réveiller face à Trump. « La solidarité transatlantique c’est fini, de même que le respect des règles démocratiques », affirme-t-il pour inciter les 27 à ne plus ménager le président américain, « qui ne respecte que le rapport de force » et à donner corps à la coalition des volontaires, avec ou sans l’appui du leader MAGA. Si ce dernier devait accomplir des coups de force à répétition, y compris contre sa propre démocratie lors de midterms décevantes, le besoin de responsables aguerris s’accroîtrait encore.

Une gauche en creux, un scénario 2027

Pour Hollande, c’est une chance, au moment où ses concurrents de gauche traversent – définitivement ? – un trou d’air. Bernard Cazeneuve peine à s’affirmer. Raphaël Glucksmann, déstabilisé par son émission ratée à LCI, a instillé le doute sur ses capacités à faire le job. Olivier Faure, malgré sa rupture avec LFI et sa stratégie du compromis, n’engrange aucun bénéfice dans l’opinion. Le député de Tulle a toujours des intentions de vote basses, mais sa cote de popularité est en hausse de dix points auprès des électeurs de gauche, devant Glucksmann et Faure. Et sa voix est écoutée.

Un vrai retour est-il possible ? On connaît l’espoir de l’ancien président : être en situation d’incarner une candidature sociale-démocrate, susceptible d’attirer un vote utile au premier tour, Jean-Luc Mélenchon n’ayant aucune chance de battre Marine Le Pen ou Jordan Bardella, avant de se montrer assez ouvert pour qu’une partie du centre le préfère à l’extrême-droite au second tour. Un conte de fées ? Certains Français, y compris des patrons, commencent à revisiter le bilan de Hollande. N’a-t-il pas permis à la courbe du chômage de s’inverser enfin grâce à sa politique de l’offre décriée à tort ? Emmanuel Macron n’a fait qu’engranger les bons effets des choix de son prédécesseur.

Prudent, François Hollande prend garde de ne pas se vanter d’une stratégie économique qui a paru faire des « cadeaux » aux entreprises. Pas plus qu’il ne critique la suspension de la réforme des retraites (alors qu’il admet en privé que l’allongement des années au travail est inévitable). En revanche, il a répété ce 6 janvier que l’article 49-3 était la seule méthode pour adopter le budget, contrairement à la doxa socialiste. Où l’on retrouve François-le-pragmatique, prêt au compromis d’un jour pour mieux préparer la victoire du lendemain.

Il reste 16 mois à tenir. Tout peut arriver. De l’aveu même de François Hollande, « l’élection se joue à quelques semaines du scrutin ». Mais la présidentielle de 2027 ne paraît plus hors de portée pour le mal-aimé de 2017. De grand-brûlé à profil de vainqueur, il y a encore un sacré chemin à faire. Plein d’embûches mais aussi d’espoirs. Car dans ce monde devenu un peu fou, ici comme ailleurs, seul l’inattendu arrive à coup sûr…

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse