Le va-tout d’Édouard Philippe

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 06/12/2025

En exprimant son désaccord avec le budget de la Sécurité sociale, l’ancien Premier ministre rompt un peu plus avec la macronie. Il n’a guère le choix : sa cote ne cesse de baisser.

Le président du parti de centre-droit Horizons, Édouard Philippe, à Bordeaux, le 2 décembre 2025, dans le cadre de la campagne électorale du député Thomas Cazenave (Ensemble pour la République) pour la mairie de Bordeaux. (Photo Christophe Archambault / AFP)

Le maire du Havre a décidé de jouer le tout pour le tout. Plus question de masquer sa pensée au nom de la sacro-sainte stabilité. Déjà il avait fait sensation en indiquant le chemin de la sortie au président de la République. Cette semaine, il a décidé de clamer son hostilité au PLFSS dont la mesure phare – la suspension de la réforme des retraites – le hérisse au point de se désolidariser du « compromis » élaboré par Sébastien Lecornu avec les socialistes. « J’ai décidé, désormais, d’assumer ce que je pense », a-t-il expliqué à ses proches.

Cette stratégie comporte évidemment des risques, notamment celui de se faire encore accuser de trahison et d’aggraver la situation de désordre que subit le pays. Ses vrais-faux amis du bloc central, à commencer par Gabriel Attal, ne se sont pas gênés pour le dire, l’accusant même de « perdre ses nerfs ». Édouard Philippe s’y attendait, sachant que sans casse, il ne peut pas atteindre ses objectifs. Il en a trois.

D’abord ne pas disparaître. Au moment où il est à la baisse dans tous les sondages, et pour la première fois battu lors d’une hypothèse de second tour présidentiel face à Jordan Bardella, le havrais estime moins dangereux de provoquer la polémique que de se fondre dans une macronie agonisante. Cela suppose de se démarquer d’un gouvernement qui n’a d’autre rôle que de permettre au chef de l’État de terminer son mandat.

Deuxième objectif : contester le terrain de la droite aux autres présidentiables du socle dit commun. Le positionnement centriste étant pour l’heure mal en point, Philippe veut se refaire une santé en misant sur les électeurs conservateurs déçus par Bruno Retailleau, peu séduits par Laurent Wauquiez… et très agacés par Sébastien Lecornu et son mano en la mano avec Olivier Faure. Les concessions accordées par le Premier ministre au PS restent en travers de la gorge de certaines catégories de population, notamment le monde patronal et la bourgeoisie. Il se fait leur porte-voix.

Enfin, Édouard Philippe veut rester fidèle à son ADN. Avocat de mesures « massives » pour mettre de l’ordre dans les comptes de la France, il rappelle son opposition à la suspension de la réforme des retraites pour mieux respecter son credo du « travailler plus longtemps ». Il ne veut pas accepter aujourd’hui le contraire de ce qu’il prônera demain.

Question de cohérence et, selon lui, d’honnêteté. Le dernier rapport de la Cour des comptes sur les conséquences de la démographie sur les Finances publiques conforte ses analyses. L’institution présidée par Pierre Moscovici, ancien ministre socialiste, prône l’allongement de la vie au travail, à revers de la suspension de la réforme Borne. À ceux qui lui reprochent de mettre en danger l’adoption du budget de la Sécurité sociale, le patron de Horizons oppose une autre logique. Relayée dans les Échos par un autre socialiste, l’inspecteur des Finances ancien directeur de la législation fiscale, le fabiusien Patrick Careil : « Le pire, écrit-il, n’est pas l’absence de budget mais le compromis quoiqu’il en coûte à nos enfants ».

Que le budget de la Sécurité sociale soit voté ou non mardi prochain, Édouard Philippe aura cranté sa position. Et Sébastien Lecornu la sienne : avec sa méthode, il a déjà réussi à trouver un accord pour faire adopter ce vendredi la partie recettes du PLFSS, malgré l’abstention de la plupart des philippistes dans l’hémicycle. Chacun sa voie. Le compromis ou la rigueur. Si l’homme de Matignon parvient à donner ses budgets à la France, il aura gagné ses galons pour entrer dans le club des présidentiables. Il trouvera alors face à lui son ancien ami Édouard, droit dans ses bottes. Pour l’ex-juppéiste, ça passe ou ça casse.

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse