Le « Visa en or », nouvel outil identitaire de Trump

par Sébastien Lévi |  publié le 24/09/2025

La décision de Donald Trump de faire payer 100.000 dollars l’obtention d’un visa H1B destiné aux travailleurs qualifiés souligne son obsession identitaire, au détriment du bien-être de ses concitoyens, y compris de ses propres électeurs.

Trump a signé une série de décrets instaurant la « Trump Gold Card » et instaurant des frais de 100 000 dollars pour les visas H-1B. La « Trump Gold Card » est un programme de visas qui permet aux ressortissants étrangers d'obtenir la résidence permanente et la citoyenneté américaine moyennant un investissement d'un million de dollars aux États-Unis. Maison Blanche, le 19 septembre 2025. (Photo d'Andrew Harnik / Getty Images via AFP)

Le trumpisme a toujours reposé sur un paradoxe. Homme d’affaires (6 faillites, tout de même), il a pu voir venir vers lui des gens attirés par la promesse de la prospérité et du pragmatisme, malgré son obsession de longue date pour l’immigration et les droits de douane. Le premier mandat de Trump devait d’ailleurs conforter ceux qui pensaient que Trump le « dealmaker » prenait le dessus sur l’idéologue xénophobe.

Trump 2.0 est fait d’un autre bois. Il s’est entouré de stratèges aguerris et extrémistes qui souhaitent réorienter profondément rapidement l’essence même du projet américain, en s’appuyant sur sa capacité unique à séduire l’électorat au-delà même du programme proposé. Fort de son bilan économique du premier mandat, Trump est d’ailleurs parvenu, malgré l’extrémisme du « Projet 2025 » porté par le think tank « Heritage Foundation », à séduire les électeurs en 2024.

Il applique aujourd’hui sa politique, sans les prudences de son premier mandat, notamment sur ses deux priorités déjà évoquées, avec une hausse des droits de douane et la multiplication de raids contre les immigrés et les expulsions, parfois au mépris du droit.

Il a ainsi renchéri méthodiquement les importations, désorganisé le marché de l’emploi non qualifié souvent clandestin, avec des effets négatifs sur les prix et la croissance. Le renchérissement du visa H1 B, qui marque de facto sa fin, s’attaque désormais aux emplois qualifiés, ce qui devrait avoir des conséquences dramatiques pour certains secteurs comme le high-Tech, et accentuer encore le ralentissement économique.

Ces mesures traduisent un désintérêt profond pour le bien-être de ses concitoyens au profit de la mise en œuvre de ses priorités idéologiques. À cet égard, la lettre que reçoivent aujourd’hui les naturalisés américains de la part du président est très révélatrice. Dans celle-ci, l’Amérique n’est plus une idée mais une nation avec « ses traditions, son Histoire » qu’il s’agit de rejoindre. Si elle ne reprend pas le rejet de Trump pour les étrangers, elle traduit un changement profond dans la vision du pays par rapport à ses prédécesseurs, républicains ou démocrates.

« It’s the economy, stupid » disait James Carville, le stratège de Bill Clinton lors de son élection en 1992. Cette prééminence de l’économie est depuis longtemps la boussole des électeurs et donc des candidats aux élections aux États-Unis. Aujourd’hui, la bataille culturelle et identitaire est la priorité absolue du pouvoir trumpiste, prêt à tout pour imposer sa vision, y compris faire taire les oppositions et détruire les contrepouvoirs. Il est d’ailleurs à craindre que dans ce nouveau régime, ces derniers deviendront sans doute bientôt aussi désuets qu’un visa pour travailleur qualifié.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis