L’empire contre-attaque à Caracas

par Pierre Benoit |  publié le 04/01/2026

En enlevant le président vénézuélien, Donald Trump envoie un seul message au monde entier : gare à ceux qui se mettent en travers de ma route.

Donald Trump s'adresse à la presse, sous le regard du secrétaire d'État Marco Rubio, à la suite des opérations militaires américaines au Venezuela, à sa résidence de Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride, le 3 janvier 2026. (PHOTO JIM WATSON / AFP)

N’ayant pu obtenir le prix Nobel de la Paix en 2025, le président américain change de cap en 2026. En attaquant le Venezuela et en kidnappant l’autocrate Nicolás Maduro grâce aux forces américaines et peut-être avec le truchement de quelques informateurs bien placés, il démarre la nouvelle année tel Jupiter lançant la foudre. Retour à la doctrine Monroe.

Il était onze heures locales ce samedi à Palm Beach. Lorsque Donald Trump est arrivé dans la salle de son quartier général à Mar-a-Lago, l’hubris de la toute-puissance éclatait sur son visage. Le milliardaire républicain a déroulé son propos d’une voix posée : « à ma demande, les forces armées américaines ont conduit une opération militaire extraordinaire dans la capitale du Venezuela ». Comme un général d’empire à la manœuvre, il a décrit d’une phrase les frappes de la nuit sur Caracas : « un assaut comme on n’en avait pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale ».

Il s’est ensuite adressé à la planète toute entière, « aucune nation dans le monde n’aurait pu faire ce que les États-Unis ont fait (…) en très peu de temps toutes les capacités militaires vénézuéliennes ont été neutralisées ». Enfin il s’est réjoui que son but de guerre ait été atteint sans coup férir « par les hommes et les femmes de nos forces armées, en collaboration avec les forces de l’ordre américaines qui ont réussi à capturer Maduro en pleine nuit ».

Quelques heures plus tôt, la ministre de la justice Pamela Bondi avait déjà indiqué sur X que Maduro et son épouse « feront bientôt face à la justice américaine ». La capture du président vénézuélien avait été évaluée à 50 000 millions de dollars par l’administration américaine. Maduro est inculpé pour « complot pour importation de cocaïne » et « narcoterrorisme » par un tribunal fédéral de New York.

Un scénario militaire sans riposte

Les images de l’autocrate vénézuélien dans un hélicoptère, menottes aux poignets, le regard masqué par un écran noir, font le tour du monde. Il existe un précédent dans l’histoire américaine d’un pareil kidnapping : l’ancien président du Panama Manuel Noriega avait été exfiltré vers les États-Unis de la même façon en janvier 1990. Deux ans plus tard, il fut condamné à 40 ans de prison pour blanchiment et trafic de drogue après avoir longtemps servi comme agent de la CIA.

Le scénario de Caracas est un sans-faute digne d’un grand thriller. Aucune perte américaine, un dispositif réglé depuis de longs mois, quelques cent cinquante avions et drones engagés dans l’opération. Une surprise enfin : très peu de riposte de la part des forces armées vénézuéliennes alors même que le régime avait annoncé se préparer au combat.

Depuis l’été dernier, l’armada américaine croise au cœur de la mer Caraïbes. En toute illégalité, une quinzaine de frappes américaines sur des embarcations présentées comme appartenant à des narcotrafiquants ont fait près d’une centaine de victimes. En octobre, Trump avait reconnu avoir donné le feu vert à la CIA pour préparer des opérations de déstabilisation contre le régime Maduro. Plus récemment, il lui suggérait de quitter son poste sans délai.

Tout se passe comme si le scénario de la Maison Blanche était déjà en phase deux. Sur Fox News, Trump annonce qu’il ne laissera aucun cacique du régime Maduro lui succéder, que les États-Unis vont être très impliqués dans la suite du programme, que « les compagnies pétrolières américaines vont s’implanter au Venezuela ». Et il menace même de lancer « une seconde attaque plus importante » si l’on s’avisait à Caracas de quitter la ligne qui vient d’être fixée. L’avertissement vise l’armée vénézuélienne qui est depuis toujours la colonne vertébrale du régime chaviste.

Au passage, le roi Ubu n’a pas semblé pousser l’opposante Maria Corina Machado, honorée à l’automne du prix Nobel de la Paix. Peut-être pense-t-il à quelqu’un d’autre pour faire la soudure avec un régime qui serait devenu « trumpien » par nature ?

Le premier à réagir au kidnapping de Caracas est le président de gauche colombien Gustavo Petro qui a demandé une réunion immédiate de l’ONU. Comme le Venezuela, la Colombie est elle aussi ciblée depuis des mois par l’administration Trump comme pays exportateur de la drogue vers les États-Unis. On l’a vu récemment au Chili avec le retour d’une droite nostalgique de Pinochet, l’effet domino que l’on observe en Amérique latine pourrait en effet s’accentuer. Le régime cubain a de quoi s’inquiéter.

Le retour revendiqué à la doctrine Monroe

L’affaire de Caracas renoue avec la doctrine Monroe, du nom du président du même nom qui, en 1823, voulait faire barrage aux ingérences européennes, surtout espagnoles, sur le continent américain. Son slogan : « l’Amérique aux Américains ». S’en est suivi une vingtaine d’interventions militaires au 19éme siècle conduites par Washington en Amérique centrale et dans le sud du continent puis une bonne dizaine d’autres au siècle dernier, raison pour laquelle on parlait si facilement « d’impérialisme américain ».

Trump choisit le bâton pour l’Amérique latine l’année où la Maison Blanche organise les festivités célébrant le 250ème anniversaire de la naissance des États-Unis. Ce retour en arrière sonne ici comme un funeste symbole. En bafouant le droit et la souveraineté, il instaure la brutalité au cœur des relations internationales. Pire, il ouvre une formidable boîte de Pandore pour tous les satrapes qui rêvent d’en découdre. Parlera-t-il demain encore de l’avenir de Taïwan et de l’indépendance de l’Ukraine ?

Pierre Benoit