L’équipe de la dernière chance
La plupart des nouveaux ministres du gouvernement Lecornu 2 sont des professionnels reconnus pour leur compétence dans leur domaine et pour leur souplesse dans la négociation. Ils en auront besoin…
Pas de stars dans ce gouvernement mais des techniciens c’est-à-dire des professionnels dans leur domaine qui auront la compétence et la souplesse nécessaires pour négocier. Pas de chefs de partis politiques non plus qui n’embarqueront pas avec eux de députés de leur camp mais qui n’auront pas non plus de positions politiques à défendre donc, peut-on espérer, ne braqueront pas les élus de sensibilité adverse.
Le gouvernement Lecornu 2 n’a qu’une seule priorité : négocier avec les partis et les syndicats pour trouver avec eux des compromis. Loin des poids lourds qu’avait nommés François Bayrou, ils sont des poids plume de la politique qui ont vocation à être moins irritants et plus agiles que leurs anciens collègues.
Deux exceptions confirment la règle : celle de Gérald Darmanin qui reste contre toute attente à la Justice alors que les présidentiables devaient être bannis du gouvernement. Celle de Rachida Dati qui malgré son procès en correctionnelle pour corruption et trafic d’influence prévu du 18 au 26 septembre prochain, est reconduite à la Culture.
Les mauvaises langues diront qu’il n’y avait guère d’autre choix : Bruno Retailleau puis Laurent Wauquiez ayant renoncé à y figurer et ayant exclu toute participation des LR, les politiques ne se bousculaient pas au portillon du gouvernement. Cela n’a pas empêché six ministres LR de braver l’interdiction et d’être, dans la foulée, exclus de leur parti. En tête, Annie Genevard qui avait été depuis le début des années 2020 un rouage essentiel de LR jusqu’à assurer l’intérim de sa présidence en 2022, et qui reste cependant fidèle à son poste de ministre de l’Agriculture. Rachi Dati, Vincent Jeanbrun (Logement), Philippe Tabarot (Transports) Sébastien Martin (Industrie) et Nicolas Forissier (Francophonie) sont eux aussi exclus. Peu désireux peut-être de suivre l’évolution qui paraît mener les LR tout droit vers l’union des droites avec le RN ?
Dans ce tohu-bohu, la gauche peut, elle se réjouir que personne de son camp n’ait enfreint la règle de la non-participation. Ce sont donc des visages nouveaux et parfois inconnus du grand public qui font leur entrée au gouvernement dans l’espoir de trouver un compromis de non-censure. Celui qui symbolise le plus cette volonté de négocier est le nouveau ministre du Travail Jean-Pierre Farandou qui remplace Catherine Vautrin nommée, elle, ministre des Armées ainsi que le souhaitait Sébastien Lecornu.
L’ex-présidente du Grand Reims qui avait quitté LR en 2019 pour rejoindre la macronie reste encore réputée pour ses idées de droite strictes qui l’ont par exemple poussée à reconduire la réforme de l’assurance chômage. Contestée par les syndicats, elle n’était pas la mieux placée pour négocier avec eux la suspension ou le report de la réforme des retraites. Jean-Pierre Farandou qui la remplace est à l’inverse bien plus souple. Venu de la base, il a grimpé l’un après l’autre les échelons de la SNCF. Devenu PDG, il a lâché des concessions aux cheminots pour éviter la grève, au point qu’Emmanuel Macron avait décidé de le remplacer pour avoir trop écorné sa réforme de 2017 sur le statut des cheminots. Il a l’heur de plaire aux syndicats. Nul doute qu’il sera mieux placé que sa prédécesseuse pour trouver un compromis sur les retraites.
A Bercy, Amélie de Montchalin, elle aussi LR reconvertie en macronie, est passée maîtresse dans l’art de taxer les holdings et sa technicité sera précieuse. Elle sera désormais chapeautée par Roland Lescure, réputé moins rigide qu’Éric Lombard qui, malgré sa proximité avec Olivier Faure, n’a pas su ou pas pu trouver le chemin de la conciliation.
Savamment dosé en un temps record, ce gouvernement parviendra-t-il pour autant à éviter la censure que persiste à lui prédire la gauche, y compris les socialistes ? Tout paraît à présent en ordre de marche pour tenter d’y arriver. Certes, jusqu’au dernier instant, la surenchère des socialistes ne cessera pas, ajoutant jour après jour une exigence nouvelle.
Les sociaux-démocrates peuvent-ils pour autant prendre le risque de ruiner l’effort ultime du gouvernement Lecornu 2 pour faire passer le budget, alors que le pouvoir est à portée de mains du Rassemblement National auquel s’allieraient sans doute un nombre suffisant de LR pour obtenir la majorité absolue à l’Assemblée Nationale ? Ce serait une responsabilité bien lourde à porter…



