Les assassins du service public
Officiellement, la droite et l’extrême-droite s’inquiètent de l’impartialité de France-Télévision : il est toujours bon de la vérifier. Mais derrière ces intentions d’apparence démocratique, se trouve un projet à peine camouflé : tuer le service public de l’audiovisuel.
Delphine Ernotte n’a pas éludé les questions devant la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. « Le débat sur la neutralité du service public est légitime », a-t-elle déclaré d’emblée, pour ajouter : « je ne considère pas que nous soyons irréprochables ».
Juste préambule. Après tout, les députés ont le droit de questionner cette société qui vit de l’argent public et doit s’adresser par conséquent à tous les Français. L’extrême- droite lui reproche d’être trop à gauche et l’extrême-gauche d’être trop à droite. Chacun voit le parti-pris à sa porte… Delphine Ernotte a promis en retour la plus grande vigilance – c’est donc qu’elle est nécessaire – tout en remarquant que ni l’Arcom, ni la commission de déontologie interne ne l’ont mise en cause.
Mais cette démarche parlementaire vêtue de probité candide et de lin blanc ne doit pas faire illusion. Il y a derrière cette enquête une intention beaucoup plus partisane. Initiée par les députés ciottistes, eux-mêmes supplétifs du Rassemblement national, elle fait partie d’une offensive plus vaste, qui vise à discréditer par tous moyens France-Télévision pour lui tordre le cou le moment venu en la privatisant. C’est-à-dire en l’offrant à des actionnaires milliardaires dont on espère qu’ils mettront ces antennes et ces moyens de production au service du nationalisme à front bas.
Par un hasard extraordinaire, le JDD-News, hebdo bolloréen, donne sa Une à Sarah Knafo, la trumpette à la mode dans les cercles fachos, pour qu’elle déroule à son aise son projet de vente du service public à l’encan. France-Télévision coûte trop cher, dit-elle. En fait, ses dépenses le situent dans la moyenne européenne. Il est infesté de gauchistes, continue-t-elle. Mais pour elle, tout ce qui n’est pas d’extrême-droite est d’extrême-gauche, ce qui simplifie commodément la vie politique. L’État, enfin, n’a pas de légitimité pour s’occuper d’audiovisuel. En réalité, il s’agit de suivre le modèle américain ou hongrois : placer l’information et le divertissement sous la férule d’amis politiques décidés à seconder une révolution conservatrice et autoritaire en France.
Sous des atours avenants, ceux d’une commission parlementaire courtoise, l’opération est transparente : nouveau parti de l’étranger, l’extrême-droite est devenue la branche française du trumpisme, lancée dans une double opération de guerre culturelle et de conquête électorale. Sur sa route, le service public de l’audiovisuel est un obstacle redoutable, qu’il faut à tout prix abattre. Pour comprendre l’offensive en cours, chacun doit avoir cela en tête.



