Les Juifs de nouveau instrumentalisés

par Sébastien Lévi |  publié le 26/08/2025

C’est par pur opportunisme que l’ambassadeur américain a accusé les autorités françaises, de laxisme envers l’antisémitisme. Il ne s’agit pas d’aider les Français juifs, mais de punir le gouvernement français qui s’apprête à reconnaître l’État palestinien.

Charles Kushner, le nouvel ambassadeur des États-Unis en France, et son épouse Seryl quittent le palais présidentiel de l'Élysée après une rencontre avec le président Macron le 18 juillet 2025. (Photo Ludovic MARIN / AFP)

L’antisémitisme, outil politique… La lettre comminatoire de Charles Kushner, ambassadeur des Etats-Unis en France, accusant les autorités françaises de défaillance dans la lutte contre le poison antisémite en est l’illustration. Elle confirme la tendance de l’Administration Trump à mettre l’antisémitisme au service de l’opportunisme politique.

Rien de neuf chez les trumpistes. L’antisémitisme bien réel observe sur certains campus américains a la suite du 7 octobre a déjà été utilisé par le gouvernement américain pour mettre au pas les grandes universites américaines que Trump et la base MAGA vouent aux gémonies depuis des années. Il a aussi permis au gouvernement de révoquer les visas d’étudiants pour des propos ou des textes propalestiniens qui relevaient selon lui de l’antisémitisme et du soutien au terrorisme.
C’est aussi au nom de l’antisémitisme que Trump a fait sortir une nouvelle fois les États-Unis de l’UNESCO et qu’il s’en prend plus largement à l’ONU et a ses agences. C’est enfin au nom de la lutte contre l’antisémitisme que Mike Huckabee, l’ambassadeur américain en Israël, justifie la poursuite de la colonisation en Cisjordanie, estimant qu’empêcher les Juifs d’y habiter en relève.

S’agissant de la France, elles permettent aux États-Unis de rappeler leur opposition au projet de reconnaissance de la Palestine, et son agacement devant le rôle moteur qu’a eu la France dans cette affaire auprès de pays comme l’Australie ou le Royaume-Uni.

Comme pour l’immigration, le crime ou la hausse des prix, Trump ne règle pas les problèmes. Il s’en saisit pour discréditer ses adversaires et les piéger. Roi de l’instrumentalisation politique, il a trouvé en l’antisémitisme une martingale qu’il juge gagnante. L’embarras du Parti démocrate à dénoncer les excès de son aile gauche après le 7 octobre sur la question a ainsi été parfaitement exploité par les républicains lors de la dernière élection présidentielle.

Ce cynisme est d’autant plus odieux que l’antisémitisme, déjà haut dans le monde avant le 7 octobre (y compris aux États-Unis où il avait quadruplé entre 2015 et 2022), a explosé depuis le début de la guerre. Ce sujet mérite mieux que sa banalisation et la polarisation dont il fait l’objet. En mettant l’antisémitisme à toutes les sauces, l’Administration Trump le banalise. En l’utilisant pour mettre à bas la liberté académique ou la liberté d’expression, le multilatéralisme onusien ou une démarche diplomatique comme la reconnaissance de la Palestine, fût-elle critiquable, Trump fait de l’antisémitisme non pas une cause consensuelle mais un objet politique polarisant.

Les Juifs ont été dans leur histoire des boucs émissaires commodes pour permettait de détourner la colère populaire. Ils étaient alors utilisés à leur insu selon le bon vouloir des dirigeants des pays dans lesquels ils se trouvaient. Il n’est pas certain que leur nouveau fonction – un prétexte ou une excuse – soit beaucoup plus enviable.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis