Les « Pro Pal » : cette génération qui secoue l’Italie
Le pays se trouve au cœur d’un mouvement populaire spontané et imprévisible, essentiellement fédéré par la cause palestinienne. Née sur internet, cette contestation se fait entendre dans les gares, les écoles ou les rues, et ne semble pas faiblir, bien au contraire.
Sobrement baptisés « Pro Pal » en référence à la Palestine, les « Bloquons tout » italiens n’ont pas attendu plus d’un quart d’heure le 1er Octobre, lorsque les soldats israéliens ont intercepté les 45 embarcations en route vers Gaza, pour envahir les rues de Naples, Rome, Turin, Milan, ou Gènes. Même réactivité dans leur adhésion à la grève générale du 3 Octobre, programmée entre autres par le syndicat CGIL. Sans surprise, idem pour la « journée historique de la solidarité » avec la Palestine, samedi, dans toute la Péninsule.
Qui aurait pu prédire que l’Italie, avec son exécutif qui refuse tout engagement durable (adepte du « oui-mais » avec Zelensky et les Gazaouis, et du « non-mais » avec Trump et Poutine), serait directement impliquée dans la situation à Gaza et les flottilles humanitaires ? C’est en tout cas une réalité, avec cette mobilisation populaire inédite sous haute tension, qui résulte des oscillations gouvernementales ininterrompues sur ce dossier brûlant. Un mouvement qui n’est d’ailleurs chapeauté ou manipulé par aucun parti ni aucune organisation, qui ne revendique aucune idéologie, aucun leader, aucune stratégie. Capable de se faire entendre en un clin d’œil grâce à l’autoroute informationnelle d’internet, et d’investir la rue dans la foulée en multipliant les sit-in, en occupant lycées, les facultés, les gares et les magasins, le mouvement traduit une colère profonde. Sans oublier pour autant de condamner les Black Blocs, ces individus masqués et armé infiltrés dans les cortèges, qui parviennent presque à diviser le mouvement. De là à penser que ces éléments perturbateurs pourraient même être phagocytés par une puissance étrangère ….
Le portrait de ces « ProPal », décrits par la presse italienne comme une « nouvelle génération » assurément protestataire mais ni partisane ni politisée à outrance, commence quoi qu’il en soit à se dessiner clairement. « La génération Gaza est née », diagnostique ainsi le vétéran de la contestation Fausto Bertinotti, qui a contribué jadis à analyser Mai 68, et, plus tard, les années de plomb en Italie. Dans une interview au Corriere Della Sera, il la qualifie de génération « inespérée et nouvelle », mais surtout qui « échappe au contrôle de la gauche actuelle qui ne l’a pas vue arriver ».
L’éternel laboratoire italien, qui a notamment débouché dans les années 1970 sur le célèbre « communisme démocratique », capable de gérer le pouvoir local avant de participer au gouvernement national, et d’élaborer l’une des législations antiterroristes les plus efficaces d’Occident, peut-il aujourd’hui construire une alternative vertueuse et efficace aux « Bloquons tout » ? Les paris sont ouverts.



