« Des Vivants », une ode à l’humanité

par Bernard Attali |  publié le 12/11/2025

Sans complaisance ni emphase, la série de France Télévision s’ancre dans l’après Bataclan, au plus près des survivants, quand leurs vies cherchent à reprendre souffle. Avec une question centrale : comment continuer à vivre quand on a vu la mort de si près ?

Benjamin Laverhne devant le Bataclan, dans la série « Des vivants » de Jean-Xavier de Lestrade, France 2. (capture d'écran © WHAT'S UP FILMS)

La réussite de Jean-Xavier de Lestrade tient d’abord à son écriture, d’une justesse rare. Les scénaristes ont choisi l’ellipse plutôt que la reconstitution, l’intime plutôt que le spectaculaire. La tuerie n’est pas montrée : elle est juste présente dans les mémoires, dans les regards, dans les absences, dans les réveils nocturnes, dans les bruits de balles qui reviennent. Cette retenue fait toute la différence. Elle transforme ce qui aurait pu être une banale série d’actualité en une ode à la vie.

Les acteurs incarnent la fragilité sans pathos : une main qui tremble, un souvenir qui revient sans prévenir. On sent, dans chaque regard, la tension entre la vie et le souvenir. Le casting évite tout effet de composition : les comédiens ne jouent plus, ils deviennent ces survivants, ces proches, ces témoins

Le réalisateur filme les visages sans voyeurisme, avec une infinie délicatesse. Les cicatrices intérieures ne sont jamais exposées, elles affleurent simplement, dans un dialogue à voix basse, dans un silence partagé. Le montage, lent et précis, épouse le rythme de la reconstruction : celui des pas hésitants vers la vie.

La série rappelle aussi, avec une force brute, l’absurdité des terroristes islamistes qui, au nom d’une idéologie dévoyée, ont choisi de frapper la jeunesse, la musique, la joie. Face à leur haine insensée, la caméra rend hommage à l’autre camp, celui de la lumière : la BRI, les secouristes, les aidants anonymes… Leur courage, montré avec pudeur et sans héroïsme forcé, redonne au mot “humanité” tout son sens.

Ce n’est pas une série sur le terrorisme. C’est une série sur le retour à la vie. Sur la manière dont des femmes et des hommes, brisés mais debout, trouvent la force d’aimer encore, de danser et de rire à nouveau.

À l’heure où les commémorations du 13 novembre nous rappellent ce que la barbarie a voulu détruire, le film montre, avec une douceur désarmante, ce qui lui a résisté : le courage silencieux, la solidarité, l’émotion partagée. Une série qui ne se regarde pas seulement, mais qui se ressent, longtemps après que l’écran soit éteint. Sans s’encombrer du charabia à la mode sur la « justice restaurative » il aide à comprendre, avec sobriété mais force, la vertu thérapeutique de l’amitié. On comprend alors le titre du film : après une telle épreuve survivre à la tragédie est une chose… mais vivre avec en est une autre, très difficile.

Bernard Attali

Editorialiste