L’été de Léon XIV, avec les Palestiniens au cœur

par Marcelle Padovani |  publié le 25/07/2025

À Castel Gandolfo, le pape passe un été serein et néanmoins très politique, dont l’orientation déplaira en Israël.

Une frappe israélienne a frappé l'église catholique de la Sainte-Famille, tuant trois civils et en blessant plusieurs autres, dont le père Gabriel Romanelli, à Gaza City, le 17 juillet 2025. (Photo Ali Jadallah / Anadolu via AFP)

Messes, tennis et angelus… Les vacances papales suivent leur cours liturgique et sportif à la Villa Barberini de Castel Gandolfo. Mais Léon XIV ne se contente pas de ce farniente rehaussé de grâce divine. Il distribue conseils et mises en garde. Son but : secouer Benyamin Netanyahou, en encourageant les Palestiniens et en mobilisant l’Europe. Sa crainte : voir le Moyen-Orient ne devenir l’épicentre de tous les conflits en cours.

Sa première irruption dans les médias a eu lieu après le bombardement israélien de l’église catholique de la Sainte-Famille à Gaza, le 17 juillet. Brisant les tabous équidistants qui dominaient jusqu’alors le monde catholique, voyant une église chrétienne directement agressée, il a exprimé sa « profonde douleur pour l’attaque de l’Armée de Défense israélienne contre la paroisse de la Sacra Famille » . Puis il a exigé d’Israël l’arrêt immédiat de la « barbarie de la guerre » et la « fin de l’utilisation des armes ».Il a ensuite donné un nom et une dignité aux trois paroissiens palestiniens victimes de l’ attaque, en les appelant par leur prénom : Saad, Foumid et Najava.

Telle a donc été sa première sortie politique du nouveau Pontife, enfin capable de prendre des risques après l’aphasie qui a accompagné les dix-huit premiers mois de la guerre de Gaza. Sans tomber, s’agissant d’autres conflits, dans le piège d’un discours purement pacifiste. Sans le dire, il reconnaît ainsi qu’en Ukraine, la simple invocation de la paix sert les intérêts russes. Sous les pins protecteurs de Castel Gandolfo, Léon XIV trace son chemin.

Le voici dimanche 20 juillet, juste après l’Angelus. Beau temps chaud sur Rome et alentour. Après s’être entretenu via internet avec Benyamin Netanyahou et le palestinien Abou Mazen, il déplore « les barbaries de Gaza », les « punitions collectives », et « le déplacement forcé des populations ». Ensuite le 21, juste à la sortie de Castel Gandolfo, il annonce qu’il « pourrait se rendre à Gaza », en expliquant : « Nous devons nous battre pour la dignité de chaque être humain, qu’il soit chrétien ou musulman. Nous sommes tous des enfants de Dieu ». Bien sûr, aucune date précise n’est encore envisagée, mais on voit se dessiner une vraie stratégie papale pour le Moyen Orient, illustrée par ce possible premier déplacement officiel, qui souligne le poids non seulement moral mais politique du Pontife, un des rares hommes capables de s’entretenir directement avec les protagonistes de la guerre de Gaza et d’influencer aussi bien les États-Unis que l’Union européenne. Quitte à favoriser l’isolement d’Israël.

La Palestine est donc au coeur des vacances papales en donnant à Léon XIV l’occasion de manifester une personnalité au ton franc et incisif. Le public , catholique ou non, croyant ou athée, n’y était pas habitué.

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome