L’Europe de la résistance
L’Europe vit un moment de bascule. Entre pressions américaines, tentations illibérales et attaques contre le droit international, chaque renoncement peut être lourd de conséquences. Face au désordre mondial, l’UE n’a plus le luxe de l’ambiguïté.
Le cirque diplomatique qui s’est tenu à Davos du 19 au 23 janvier est à la fois porteur d’espoir et lourd de responsabilités internationales pour l’Europe. Car si le prédateur de la Maison-Blanche a reculé sur le dossier du Groenland, la partie est loin d’être jouée à l’échelle planétaire.
Comme à chaque fois qu’on lui fait face, Donald Trump se dégonfle et change d’obsession, pour un temps… L’Europe vient d’en faire la démonstration, n’en déplaise à certains commentateurs qui doutaient encore qu’elle en fût capable, et qui boudent cette victoire éclair. Ils ont « l’Europe triste » parce que celle-ci bouscule leurs certitudes datées. Serait-ce trop demander que de souhaiter un minimum d’honnêteté pour juger les faits et la problématique qui les portent ? Surtout quand il s’agit d’enjeux si importants pour l’UE, ses alliés, et pour un ordre international vacillant.
Le Mercosur, un test politique européen
Les mots ont un sens. Et aucun porte-parole, à commencer par celle du gouvernement français, ne devrait l’oublier. Calendrier mal choisi, expression boursoufflée, mensonge éhonté : Maud Bregeon a évoqué avec beaucoup de maladresse la question du Mercosur, et l’empêchement provisoire de son application. S’il était appliqué, il ne s’agirait en rien d’un détournement des procédures communautaires habituelles prévues dans les traités. L’Union et ses trois instances décisionnelles ne sont pas le décalque de l’un ou l’autre de ses États membres. Enfin et surtout, si ce traité devait être abandonné, l’intéressé le dit sans fard, ce serait au bénéfice de Donald Trump. L’enjeu, ce sont tous les traités à venir avec l’Australie, l’Inde, la Malaisie, etc. Sans compter l’accord avec Londres pour rétablir ce que le Brexit a défait. La Commission, comme le Conseil et le Parlement, sont très majoritairement favorables à cet ordre du jour offensif.
Défendre le droit et l’ordre démocratique
Le Conseil de la paix créé par le président américain n’est qu’un contre-pouvoir factieux à l’ONU, sans légitimité démocratique. Il ne s’agit plus d’encadrer le cessez-le-feu à Gaza mais d’une tricontinentale d’illibéraux et de d’autoritaristes associés pour mettre la planète en coupe réglée. Rejoindre cette arène de brigands doit être exclu par les démocraties, dont l’Union et ses vingt-sept États membres — Orbán devrait ainsi être sanctionné dès avant les prochaines échéances électorales hongroises.
La Cour pénale internationale (CPI), reconnue par les deux tiers des États de la planète, doit être défendue et poursuivre chaque fois que nécessaire. Les conflits ouverts appellent des mesures aussi fermes que proportionnées. La puissance tranquille, en somme. Pour l’Ukraine, par des contre-mesures fortes comme l’arraisonnement des pétroliers de la flotte fantôme russe. Au Groenland, l’UE doit se donner les moyens de faire face à toute éventualité. Les Européens ne peuvent que tendre la main à leurs alliés menacés, du Canada au Mexique, parce qu’au-delà de la riposte aux confrontations imposées, il s’agit de défendre des relations fondées sur le droit et le respect mutuel.
Enfin, la situation aux États-Unis suscite une profonde inquiétude. La résistance interne ne peut être abandonnée quand les libertés publiques sont bafouées — interdictions de séjour arbitraires de citoyens américains (le gouverneur de Californie à Davos) et européens dont Thierry Breton. Quand les milices MAGA exécutent leurs opposants en pleine rue comme à Minneapolis. Quand le despote détourne tout à son profit et au culte de sa personne. Faute de quoi, un jour peut-être, faudra-t-il se demander si l’assaut sur le Capitole n’était pas une simple répétition générale.



