L’Europe en armes ? Pas encore
Juillet 2025 entrera dans l’Histoire comme un moment fort d’émancipation à l’initiative de Paris. Quatre annonces s’y conjuguent.
L’accord de Londres pour l’Ukraine, avec le déploiement de jusqu’à 50 000 soldats après un cessez-le-feu, scelle presque la parenthèse du Brexit. Celui de Bougival dessine un État européen du Pacifique dans la République française, un peu à l’image des relations du Groenland et du Danemark. Le 12 juillet devient la date commémorative de la réhabilitation du Général Dreyfus. Et puis, Emmanuel Macron pose, ce dimanche 13 juillet, l’acte fondateur de la Défense européenne intégrée, tout en y mettant les formes.
Tandis que le Premier des MAGA prétend imposer de nouvelles taxes douanières à l’Europe et au Mexique, Paris, au nom de toute l’Europe et des pays libres alliés s’apprête à faire face à la menace principale de la Russie de Poutine et accessoirement à celle de ses complices assumés, consentants ou simplement stupides. L’heure de la contre-offensive aurait-elle enfin sonné ? La menace est identifiée, décrite avec précision par le Chef d’état-major en personne. Un recours transparent à l’expertise militaire qui tranche avec les mœurs de la grande muette d’antan. Nulle menace de militarisation de la société dans cette sortie de l’ombre qui, à elle-seule, constitue un progrès démocratique. Elle doit se poursuivre pour alimenter les débats d’une société adulte.
La Russie de Poutine, ses crimes sur le front et dans toute l’Ukraine, ses coups tordus dans le cyber espace invitent à la mobilisation citoyenne. C’est le nerf de la guerre, bien davantage que les armes les plus sophistiqués et l’argent, même s’il est naturellement indispensable. L’Europe se rassemble quand le tsar sanglant, par le biais de Lavrov, fait les fonds de tiroirs à Pyongyang pour se procurer chair à canon et drones.
Les assauts des grenadiers voltigeurs de Moscou s’effectuent souvent à moto et le ravitaillement des premières lignes à dos d’ânes. Les forces de l’Union doivent donc être renforcées avec discernement. La France n’est ni Israël ni le Danemark où la conscription vient d’y être élargie aux femmes. Héritée de l’Empire et de la coloniale, la conscription s’est éteinte d’épuisement sous Jacques Chirac. Sa restitution serait hors de prix et d’une moindre efficacité que des unités professionnelles bien équipées, bien formées et projetables. En revanche un format augmenté de réserves opérationnelles s’impose quitte à le doubler d’une formation de la jeunesse autour de la sécurité civile. Complémentarité et non confusion pour assurer cohésion et contrôle social, l’une n’allant pas sans l’autre.
Vient ensuite la question de la production de systèmes d’armes en nombre suffisant car indispensables pour éviter les pertes humaines sur la base du renseignement en voie de réorientation vers le champ militaire. Pour les industries de l’armement, c’est plutôt le trop plein qui domine alors que les coopérations se font attendre. Leur réorganisation est urgente, que ce soit pour les munitions, les vecteurs et les systèmes plus complexes.
Une voie coûteuse, mais non sans retombées économiques pour les productions civiles. L’Europe et ses alliés le peuvent, sans consentir au deal de Trump, toujours prêt à vendre américain à l’OTAN, réduit au rôle d’une centrale d’achat. Les industries européennes ont mieux à faire d’autant que, Britanniques et Australiens en prennent conscience. Le prix à payer est alors celui de la dépendance, Yes Sir !
Pour autant ce n’est pas le temps de la guerre qui vient promettant ses malheurs à l’humanité. Celui de l’alliance des gaullistes et des communistes en août 1954 pour enterrer la Communauté européenne de défense (CED) est révolu. L’heure est au réarmement politique. C’était la tonalité du discours d’Emmanuel Macron, ce dimanche soir, en Européen prudent, mais convaincu. Une première salve, amenée à être complétée par Berlin, Varsovie, Vilnius, Riga et Talinn dans les semaines qui viennent. Quoi qu’il en soit, une étape est franchie.



